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Roberto Azevêdo, le directeur général de l’OMC, s’est rendu en Afrique de l’Ouest du 15 au 18 février pour y effectuer une mini-tournée. Entamant son voyage par une visite au Nigéria, il s’est ensuite rendu en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Il y a rencontré les représentants des gouvernements des trois pays, mais également du secteur privé et de la sphère académique.

Le patron de l’OMC a saisi l’occasion de cette visite pour revenir sur la dernière conférence ministérielle de l’OMC, qui s’est déroulée de 15 au 19 décembre à Nairobi, et pour évoquer les perspectives d’avenir que cette dernière a ouvertes (pour plus d’information sur les décisions prises lors de cette conférence, voir Passerelles, 23 décembre 2015). Il a souligné que le système commercial multilatéral a encore de multiples bienfaits à offrir aux pays d’Afrique de l’Ouest. 

Nairobi et au-delà
Revenant sur les résultats de la conférence ministérielle de Nairobi, Roberto Azevêdo a insisté sur la grande importance de la décision sur la concurrence à l’exportation, déclarant à nouveau qu’elle constitue la décision la plus importance de l’histoire de l’OMC en matière d’agriculture. Selon lui, cette décision contribuera à la mise en place de conditions égales pour tous sur les marchés agricoles, ce qui bénéficiera aux agriculteurs sénégalais, ivoiriens et nigérians.

« Les agriculteurs du monde en développement ne devraient pas avoir à entrer en concurrence avec les moyens financiers des pays développés », a-t-il déclaré à Abidjan, lors de sa rencontre avec des membres du gouvernement et des représentants du secteur privé. « L’élimination de ces subventions est d’ailleurs un élément des nouveaux Objectifs de développement durable de l’ONU — c’est donc une grande réalisation que d’avoir obtenu cela trois mois seulement après l’adoption de ces objectifs », a-t-il ajouté.

Le directeur général de l’OMC a également insisté sur l’importance de donner suite à l’engagement pris par les membres en vue de négocier des mesures pour améliorer la sécurité alimentaire et de mettre en place un Mécanisme de sauvegarde spécial (MSS).

Enfin, Roberto Azevêdo est revenu sur les décisions prises en faveur des pays les moins avancés (PMA) dans les domaines du coton, des règles d’origines préférentielles, et du traitement préférentiel en faveur des fournisseurs de services des PMA. « Ces décisions offriront aux PMA des possibilités supplémentaires d’exportation de leurs marchandises et services vers les pays développés et en développement », a-t-il déclaré à Dakar, dans le cadre d’une conférence publique à l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD).

Au sujet des travaux futurs de l’OMC, de manière prévisible, Roberto Azevêdo s’est contenté de réaffirmer les grandes lignes de ce que prévoit – ou ne prévoit pas – la Déclaration ministérielle de Nairobi. Il a toutefois tenu à délivrer un message d’optimisme, estimant que l’organisation peut encore produire des bénéfices tangibles pour les pays en développement, et les pays africains en particulier.

Le directeur général de l’OMC a notamment souligné le fait que, malgré leurs divergences d’opinion sur la manière de procéder et sur le mandat de Doha en tant que tel, les membres de l’organisation s’accordent tous sur l’importance cruciale des questions centrales de Doha. « Tous les Membres souhaitent obtenir des résultats sur les questions en suspens du Programme de Doha, comme par exemple l’agriculture (en particulier les subventions internes) et l’accès aux marchés pour les produits industriels et les services. », a-t-il déclaré à Dakar. 

Il s’est également voulu rassurant en soulignant que les membres de l’OMC souhaitent maintenir la question du développement au centre de leurs efforts. De même, l’importance d’une meilleure intégration des pays les moins avancés (PMA) – parmi lesquels on compte le Sénégal – dans les flux commerciaux internationaux est largement reconnue.

« Nous avons la possibilité de prendre des mesures qui vous aideront à atteindre vos objectifs de développement — en favorisant une diversification de l’économie et en encourageant plus d’entreprises à faire du commerce », a ajouté le directeur général. Mais pour cela, selon lui, il faudra que les gouvernements concernés veillent au grain, et s’impliquent au maximum de leurs possibilités pour infléchir l’avenir des discussions commerciales multilatérales en leur faveur.

 

Facilitation des échanges : le DG loue les efforts de la Côte d’Ivoire et du Sénégal
Lors de sa visite à Abidjan – où il a rencontré le président Alassane Ouattara, le premier ministre Daniel Kablan Duncan, et le ministre du commerce Jean-Louis Billon –, Roberto Azevêdo a félicité les autorités ivoiriennes pour leur rôle de leader en matière de facilitation des échanges. Il a notamment souligné que la Côte d’Ivoire a été l’un des tout premiers pays africains à ratifier l’Accord sur la facilitation des échanges, estimant que l’accord permettra de renforcer l’intégration du pays au sein de l’économie mondiale.

Le patron de l’OMC a également mentionné certaines des dispositions prises par le gouvernement ivoirien en matière de facilitation des échanges, évoquant en particulier la simplification des processus d’inspection des marchandises importées et la mise en place de nouveaux systèmes de dédouanement et de gestion au port d’Abidjan. Selon lui, ces réformes contribuent significativement à l’amélioration de l’infrastructure commerciale, ce qui diminue les coûts des échanges et soutient les efforts d’intégration du pays au sein des chaînes de valeur mondiales.

« La Côte d’Ivoire a travaillé d’arrache-pied pour stimuler la croissance et le développement à travers une série de réformes visant notamment à améliorer les infrastructures et à faciliter le commerce. Ceci est d’ores et déjà en train de porter ses fruits et de créer un environnement plus propice aux affaires dans le pays, mais il reste bien sûr encore du travail à accomplir. L’OMC peut aider la Côte d’Ivoire dans ces efforts », a déclaré le directeur général de l’OMC.

À Dakar également, où il a rencontré le président Macky Sall, le ministre du commerce Alioune Sarr, et le minstre des affaires étrangères Mankeur Ndiaye, le directeur général de l’OMC a tenu à louer les efforts des autorités pour mettre en place des réformes visant à faciliter les échanges. « Il est encourageant de noter que le Sénégal considère la facilitation des échanges comme une priorité et a fait d’importantes réformes à cet égard », a-t-il affirmé.

En particulier, il a souligné le fait que depuis l’année 2006, les délais d’importation et d’exportation ont été très fortement réduits, ce qui constitue un important succès. Au cours des dernières années, le Sénégal compte parmi les pays qui ont le plus amélioré leur climat des affaires, ce qu’il n’a pas manqué de souligner.

Néanmoins, Roberto Azevêdo a également insisté sur l’importance de ratifier l’Accord sur la facilitation des échanges, ce que le Sénégal n’a pas encore fait. « De nombreux pays africains ont déjà franchi le pas et j’encourage le Sénégal à faire de même », a-t-il déclaré à ce sujet, précisant également qu’en cas de besoin sur ces questions de facilitation des échanges, « l’OMC est là pour apporter son aide ».

 

Pêche et renforcement des capacités au cœur des discussions à Dakar
Au cours de la rencontre à Dakar, le ministre sénégalais du commerce, Alioune Sarr, a mis un accent particulier sur l’importance de la question des subventions au secteur de la pêche. Aucun accord n’avait pu être trouvé dans ce domaine lors de la conférence ministérielle de Nairobi en décembre dernier.

Constatant cette absence d’avancées significatives, le ministre a donc indiqué son souhait que les membres de l’organisation n’abandonnent pas leurs efforts pour progresser sur cette question si cruciale pour le Sénégal. « Les subventions des pays développés à la pêche qui contribuent à favoriser la pêche illicite et illégale est un sujet qui nous tient à cœur […], d’où la nécessité pour l’OMC d’inscrire cette question dans l’agenda des prochaines négociations », a-t-il déclaré.

Le secteur de la pêche occupe une place tout à fait centrale dans l’économie sénégalaise, d’où l’insistance de Dakar pour voir cette question traitée au niveau multilatéral. « Les investissements aux pêcheries, sont particulièrement importantes pour l’économie sénégalaise – 600.000 emplois directs, plus de 1.600.000 d’emplois indirects, 30% des exportations devant le tourisme et les phosphates », a ajouté le ministre.

Les autorités sénégalaises, en la personne du ministre des affaires étrangères Mankeur Ndiaye, ont également profité de la rencontre pour souligner l’importance du renforcement des capacités de ses diplomates. Elles espèrent le soutien de l’OMC dans la formation économique et commerciale des diplomates sénégalais.

« Nous sommes engagés dans une orientation diplomatique de type nouveau : la diplomatie économique. Il faut renforcer nos capacités, surtout dans les négociations commerciales, qui de plus en plus deviennent très compliquée », a déclaré Mankeur Ndiaye.

Rapport ICTSD.

 

 

 

 

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