ENDACACID

 

De gauche vers la droite, Mme Aissatou DIALLO, chargée de programme (ENDA CACID) et Dr Cheikh Tidiaane DIEYE Directeur ENDA CACID


 

« LA MONDIALISATION, LES NOUVEAUX ACTEURS ECONOMIQUES EMERGENTS ET LE COMMERCE SUD-SUD »: Les relations entre la Chine et l’Afrique : Enjeux, défis et perspectives de l’évolution. 21 janvier 2010  /  15h – 18h  /  Café de Rome 


I.  Contexte et justification 

1.1  L’émergence de nouveaux acteurs économiques et la reconfiguration des relations   

  1. L’environnement économique international a été marqué ces dernières décennies par la montée en puissance d’un groupe de pays en développement qui, lentement mais de manière quasi irréversible, a réussi à se faire une place au devant de la scène. Partageant la caractéristique d’être pour la plupart des pays en développement (PED) ou pays du « Sud »,  ces nouveaux acteurs « émergents » ont engendré des bouleversements significatifs dans la structure des relations économiques et commerciales et dans la distribution et la configuration du pouvoir géopolitique dans le monde. 
  2. Les plus significatifs d’entre eux ont donné naissance à l’acronyme BRIC, puis BRICSAM (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud,  Mexique). Ils entrainent dans leur sillage des pays de plus petite taille, mais tout aussi dynamiques comme l’Indonésie, la Malaisie et d’autres pays d’Asie du Sud-Est, d’Afrique du Nord ou d’Amérique Latine. Ces pays ont accumulé ces dernières années des excédents spectaculaires de la balance des paiements et détiennent ¾ des réserves extérieures mondiales. Mais ce qui les caractérise principalement n’est pas seulement  leur fort taux de croissance. C’est plutôt leur poids économique et politique ainsi que leur trajectoire particulière qui leur permettent désormais de faire face aux pays développés les plus influents du système de la gouvernance mondiale.  
  3. Engagés à des degrés divers et avec plus ou moins de réussite dans la libéralisation des échanges et dans les négociations commerciales, les pays émergents ont vu leurs parts du marché mondial croitre d’année en année, contribuant ainsi à faire bouger à leur profit des lignes établies de longue date par les pays développés (PD). En 2005 par exemple, la Chine est passée au rang de 4e puissance économique mondiale, supplantant ainsi l'Italie, le Royaume -Uni et la France, avec un taux de croissance de 9,3%. Malgré la crise économique qui a frappé le monde en 2009, la Chine s’en sort avec un taux de croissance supérieur à 6%. En 2008, il était de l’ordre de 9%[1]. L’Inde, quant à elle, a vu son poids économique presque doubler en 25 ans. Alors qu’elle ne réalisait que 3,5 % du PIB mondial en 1981, elle y contribue à hauteur de 6,3 % en 2005. Entre 2003-2005, elle a affiché une croissance annuelle de 8 %, et en 2008, elle était de 7.4%[2]. Le Brésil a connu en 2004 la plus importante croissance économique de ces dix dernières années (+5,2%). L'excédent commercial en 2005 a atteint 44,7 milliards de dollars. Son taux de croissance était de l’ordre de 5.1% en 2008[3]. Quant à l’Afrique du Sud, l’économie la plus développée du continent africain, elle représente 24% du PIB Africain et 40% de celui de l’Afrique subsaharienne. Son produit Intérieur Brut est supérieur aux PIB réunis du Nigeria et de l’Egypte, les 2 pays d’Afrique les plus riches après l’Afrique du Sud.  

  4. L’émergence de ces pays a eu aussi un impact positif et significatif sur la croissance du commerce Sud-Sud. Celui-ci est passé de 577 milliards de dollars en 1997 à plus de 2000 milliards en 2006. La même année, les échanges Sud-Sud représentaient 17% du commerce mondial et 46% du commerce total des marchandises des pays en développement. Dans ce commerce Sud-Sud, la majeure partie des échanges se font entre ces pays et l’Afrique[4].  

  5. Ces pays se sont engagés à bâtir des relations privilégiées avec l’Afrique. Cette volonté politique est traduite en acte d’année en année à travers l’intensification des échanges entre l’Afrique et ces derniers. Aujourd’hui les échanges commerciaux bilatéraux entre la Chine et l’Afrique sont passés de 11 milliards de dollars en 2000 à 55,5 milliards en 2006[5]. Le commerce afro-indien a augmenté de 285% passant à 25 milliards de dollars ces quatre dernières années. Ce qui a poussé la part africaine dans le commerce total indien de 5,8% en 2002-2003 à 8% en 2006-2007[6]. Entre 2002 et 2006, le commerce brésilien avec les pays africains a triplé, atteignant 13 milliards de dollars en 2006[7]

1.2     . Les relations Chine-Afrique en exemple.

 

  1. L’évolution du commerce entre l’Afrique et la Chine en est l’exemple le plus édifiant. Ayant longtemps été la chasse gardée commerciale de l’Europe, qui compte encore pour 40% au moins dans les exportations africaines, et des Etats-Unis dans une moindre mesure, le continent africain a vu son commerce avec la Chine multiplié par 50 entre 1980 et 2005 et par 5 entre 2000 et 2006 pour s’établir arriver à 50 milliards d’euros[8]. Selon les dernières analyses le commerce sino-africain aurait dépassé 100 Milliards d’euros en 2009. La Chine est aujourd’hui le troisième partenaire commercial du continent africain. Même si l’Afrique demeure un partenaire mineur pour la Chine, le continent ne représentant que 3% des exportations totales de la Chine vers le monde et 3,7% de ses importations, le géant asiatique a détrôné en 2005 l’Allemagne de la place de premier fournisseur du continent[9]. Concernant l’investissement dans le continent, l’Empire du Milieu pilotait en 2005 près de 10% de l’ensemble des investissements directs étrangers (IDE)[10].  
  1. Le constat actuel est que l’intensification des relations commerciales entre l’Afrique et la Chine a coïncidé avec une accélération de la croissance africaine. De nombreuses études montrent que, globalement, les pays africains bénéficient de l’émergence chinoise[11]. C’est en vertu de ce constat que de nombreux analystes, dirigeants politiques et acteurs de la société civile d’Afrique ou d’ailleurs, se sont érigés en grands défenseurs de la thèse selon laquelle le développement du partenariat commercial Afrique-chine, face ou au détriment de l’Europe, est l’alternative la plus viable pour le continent. Ils ont certes, de nombreux arguments à leur appui. Les statistiques comme la réalité du terrain le confirment à suffisance.  Mais leurs thèses ne font pas pour autant l’unanimité. 
  1. Mais les termes actuels des relations économiques et commerciales entre la Chine et l’Afrique comportent tout autant des avantages incontestables mais aussi nombreuses menaces et défis nouveaux pour le continent. La Chine a sans doute une stratégie pour l’Afrique. L’Afrique n’en a pas vraiment pour la Chine. En dépit des intentions affichées par l’Union africaine (UA) et plusieurs communautés économiques régionales (CER), la démarche de l’Afrique reste parcellaire, fragmentée et individualisée. Une telle réalité pourrait n’être que la reproduction de la relation traditionnelle Afrique-Europe qui, transposée à la Chine, spécialiserait l’Afrique dans la fourniture de matières premières contre l’importation de produits manufacturés. En Chine, en Afrique comme chez de nombreux observateurs, les réactions et les positions sont souvent divergentes 
  1. Mais qu’elles soient positives ou négatives, ces réactions montrent que l’Empire du Milieu ne laisse pas indifférent. Certains acteurs estiment que la République Populaire de Chine est un allié incontournable de l’Afrique qui a toujours su l’accompagner dans ses combats contre l’impérialisme occidental et ce depuis le début. La Chine est un partenaire de l’Afrique depuis les années 1955, au lendemain de la Conférence de Bandung. Elle a participé à la construction d’infrastructures et envoyé des ingénieurs agronomes et médecins aux confins des villages africains. Aujourd’hui les sentiments demeurent les mêmes dans un monde qui a connu de grands changements. La Chine a su se développer dans les trois dernières décennies et offre à l’Afrique une occasion de diversifier ses partenaires, mais aussi de profiter de produits manufacturés ainsi que des  services (notamment dans les infrastructures) à des prix défiant toute concurrence. Un demi-siècle de coopération avec l’Europe et les Etats-Unis n’a pas permis à l’Afrique de se développer. Aujourd’hui, la Chine et les autres pays émergents, en porte-voix du continent Noir, demandent une meilleure représentativité des pays africains au sein des instances internationales dans lesquels ces pays ont été longtemps marginalisés.  
  1. les participants a la rencontreCependant, pour d’autres, la montée en puissance de la Chine sur la scène internationale et sa croissante présence sur le continent africain pourrait représenter un risque. Au-delà des risques liés aux impacts sociaux et environnementaux, il y a l’aspect économique. Parmi les critiques qui reviennent le plus souvent, il y a celle qui avance que les produits chinois vendus sur le marché africain, malgré leurs bas prix, suscitent des doutes quant à leurs qualités et affectent de manière désastreuse les commerçants, les petits artisans et petites et moyennes entreprises  locaux. Sont aussi en cause, la boulimie du Géant d’Asie en termes de ressources naturelles et pétrolières, ainsi que les problèmes relatifs au respect des droits des travailleurs, notamment dans les industries extractives gérées par les  entreprises chinoises.  
  1. En tout état de cause, la Chine est belle et bien présente et malgré les critiques, cette dernière entretient des liens étroits avec les gouvernements africains, et le FOCAC (Forum on China-Africa Cooperation) en est la preuve. Le troisième sommet du  genre à été organisé en novembre 2006 à Beijing et réuni autour de la Chine quelques 48 Etats africains. Il a été l’occasion pour les deux parties de signer des accords de coopération pour un montant de plus d’un milliard de dollars. 
  1. A la suite de ce sommet un plan d’action a été élaboré, qui couvre les différents domaines de coopération sino-africaine à mettre en œuvre durant période 2006-2009.Un plan d’action est publié à la suite de tous les FOCAC depuis 2000. Lors du sommet Chine-Afrique de Beijing en 2006, il a couvert plusieurs points dont la coopération internationale sur les relations internationales, l’agriculture, les infrastructures, le commerce, l’investissement, la réduction de la dette, l’aide au développement, la gestion des ressources naturelles et énergétiques, l’éducation et la coopération médicale. Cette succession de plans d’actions suscite plusieurs questionnements relatifs à la mise en œuvre et au suivi de leur contenu.  
  1. Le dernier sommet du FOCAC s’est tenu les 8 et 9 novembre 2009 à Charm El Cheikh, Egypte. Ce sommet a abouti à l’élaboration d’un quatrième plan d’action. Selon les statistiques officielles chinoises, les investissements directs chinois sur le continent africain sont passés de 491 millions de dollars en 2003 à 7.8 milliards fin 2008. Les échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique ont atteint 106.8 milliards de dollars en 2008 contre 55.5 milliards en 2006. Durant le Sommet, la Chine a promis entre autre un prêt de $10 milliards à l’Afrique ainsi qu’une exemption de droits de douane de 95% des produits africains en commençant avec 60% dès 2010. 

II.      La Vision et la démarche d’Enda

  1. Ces mutations sont au centre de grands enjeux pour les pays africains.  C’est pourquoi, fidèle à sa vocation « d’ouvreuse de voie » et à sa mission de mener une réflexion prospective sur les phénomènes auxquels l’Afrique et le monde pourraient être confrontés,  ENDA a estimé judicieux de mettre en place un programme autour de cette thématique. Ce nouveau programme ambitionne donc de suivre, d’analyser et de documenter ces transformations économiques et politiques pour cerner leur impact sur les nouvelles opportunités qui s’ouvrent aux pays africains.  Le propos n’est donc pas de voir l’arrivée de la Chine, de l’Inde et d’autres grands pays en développement comme une menace pour l’Afrique. Elle n’est pas non plus, forcément une opportunité. La capacité de l’Afrique à maximiser les opportunités liées à cette ouverture, tout en minimisant les risques, dépendra de sa capacité à identifier clairement ses intérêts et à négocier ferme pour les faire valoir face à ces nouveaux acteurs.  

Les questions fondamentales que l’on se pose et qui structurent le programme sont les suivantes :

    • L’émergence de ces pays aura-t-elle un effet bénéfique ou non sur aux pays en développement?
    • Cette nouvelle configuration va- t-elle contribuer à la mise en place d’échanges équilibrés entre pays du Nord et du Sud ?
    • Quel en sera l’impact sur la croissance et le développement à moyen et long terme sur le continent ?

Objectifs spécifiques :

A travers ce nouveau  programme, Enda compte poursuivre une série d’objectifs dont les plus importants sont les suivants :

    • Suivre, décrypter et analyser l’évolution des nouveaux acteurs économiques et commerciaux et déterminer leur impact sur l’Afrique de l’Ouest ;
    • Identifier les créneaux commerciaux, économiques et de coopération entre ces acteurs et les pays d’Afrique ;
    • Porter le plaidoyer régional pour le renforcement des alliances stratégiques avec ces acteurs ;
    • Renforcer le dialogue politique avec les Etats et avec les institutions régionales ;
    • Identifier et mettre en relation les acteurs de la région intéressés par cette question et mettre en place un réseau régional de plaidoyer sur les échanges Sud-Sud ;

Résultats attendus :

    • Les Etats, les institutions régionales ainsi que la société civile d’Afrique sont parfaitement conscients de la force des mutations qui s’opèrent et sont sensibilisés sur les enjeux liés à l’émergence de nouvelles puissances économiques et commerciales sur le marché et la scène internationaux;
    • Le débat est ouvert et la réflexion est entamée sur les opportunités et risques liés à cette émergence ;
    • La société civile amorce le dialogue politique avec les gouvernements et les institutions régionales sur les meilleures stratégies pour faire face à cette nouvelle situation et en tirer le meilleur profit économique et politique ;
    • L’Afrique parle d’une voix commune face à ces nouvelles puissances émergentes ;
    • L’Afrique tire les leçons de sa coopération commerciale traditionnelle avec l’Europe et décide de les utiliser pour faire les meilleurs choix de positions face aux nouvelles puissances économiques ; 

III.                L’objectif de la conférence de lancement du programme

A travers cette conférence, Enda souhaite partager, avec une palette large d’acteurs Sénégalais et d’étrangers installés au Sénégal, ses visions, projets et perspectives pour le suivi des relations sino-africaines. Par ce premier niveau de communication, il s’agit de jeter les bases d’une collaboration future entre Enda et d’autres institutions intéressées par ce thème ainsi que celles qui y travaillent déjà. 

La conviction d’Enda est que les relations économiques sino-africaines qui se renforcent année après année, et dont les contours de la forme future  se dessinent avec de plus en plus de netteté, ne sauraient être seulement l’affaire des gouvernements. Les universitaires africains, le secteur privé, les organisations socio-professionnelles et la société civile dans son ensemble doivent se donner les moyens de mieux comprendre la dynamique de cette évolution afin de contribuer à l’infléchir dans un sens favorable au développement du continent africain.

La conférence sera animée par un panel constitué d’acteurs gouvernementaux et du secteur privé, de diplomatiques et de chercheurs. Elle vise à créer un espace de débat ouvert et objectif pour créer les conditions d’un engagement citoyen informé sur le suivi des relations sino-africaines.  

 

La conférence se tiendra le 21 janvier 2010 au Café de Rome de 15 à 18 heures.


 

[1] Données statistiques de World Factbook 2010

[2] Données statistiques de World Factbook 2010

[3] Données statistiques de World Factbook 2010

[4] Données du CNUCED, présentées dans un rapport publié à Accra, Ghana, lors de la CNUCED XII, Avril 2008

[5] Tralac, Africa trading relations with China

[6] Fédération CCI de l’Inde

[7] Tralac, Africa trading relations with Brazil

[8] Données du CNUCED, présentées dans un rapport publié à Accra, Ghana, lors de la CNUCED XII, Avril 2008

[9] Chaponnière, J.R « Les échanges entre la Chine et l’Afrique : situation actuelle, perspectives et sources pour l’analyse » AFD, p.1 

[10] Données du CNUCED, présentées dans un rapport publié à Accra, Ghana, lors de la CNUCED XII, Avril 2008

[11] Lall, 2004, 2005.

 

 

 

Buy Vytorin

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir