ENDACACID

Introduction

Quel futur pour l’intégration et le commerce intra-régional en Afrique de l’Ouest ? 

Dr Cheikh Tidiane DIEYE
Docteur en Etudes du Développement


L’intégration et les échanges commerciaux en Afrique de l’Ouest ont une profondeur historique déjà bien documentée. De nombreux travaux anciens ou récents ont montré que l’Afrique de l’Ouest a, de tout temps, été traversée par des courants d’échanges de biens et de services entre les peuples. 

Ces flux d’échanges et les brassages culturels qu’ils ont véhiculés au fil des âges, ont forgé en partie l’image actuelle de l’Afrique de l’Ouest et contribué à dessiner les espaces et territoires au-delà des frontières, les aspirations des peuples à aller à l’intégration, ainsi que les représentations qu’ils se font du futur de cette intégration.

La construction d’un espace régional intégré a été un souci majeur des dirigeants ouest africains au lendemain des indépendances. Conscients de la non viabilité des marchés nationaux étroits hérités de la colonisation, les leaders politiques de l’Afrique de l’Ouest postcoloniale, tout en poursuivant le projet d’intégration au niveau du continent, ont mis l’accent sur la construction d’un espace d’intégration régional large, qui transcende les clivages administratifs, linguistiques ou politiques laissés par le mode de domination et d’administration coloniales. Cette dimension historique est une donnée fondamentale pour l’intégration en Afrique de l’Ouest. Elle est en effet le réceptacle ou la fondation destinée à recevoir l’édifice institutionnel et l’infrastructure matérielle qui donnent corps au projet communautaire. 

Cette volonté politique s’est matérialisée à partir de 1975 par la création de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). L’option pour l’intégration à travers l’économie est ainsi clairement affichée. Ce choix n’est pas fortuit. Au-delà de l’intérêt politique que confère une grande communauté d’Etats du fait de l’augmentation du poids politique et de la capacité de négociation qu’aucun Etat n’aurait pu avoir individuellement, l’intégration économique offre des avantages que la théorie comme la réalité économique ont largement démontrés. L’intégration régionale est ainsi apparue dés la naissance de la CEDEAO comme la stratégie destinée à accélérer la transformation de petites économies fragmentées en un espace économique large qui permet à la fois de faire des économies d’échelle, de renforcer la compétitivité des entreprises au niveau international, d’accéder à des technologies nouvelles et des investissements tout en servant d’amortisseur contre les chocs exogènes et les déficiences internes.

De nombreuses et crédibles raisons justifient les efforts pour intégrer les marchés régionaux. Et ce ne sont pas seulement les modèles économiques abstraits ou les analyses de quelques brillants spécialistes qui le prouvent. La réalité de l’économie mondiale le démontre au quotidien. L’analyse révèle que les pays ou groupes de pays disposant des plus grandes parts du commerce mondial sont dans des régions ayant parmi les parts de commerce intrarégional les plus élevées. Il s’agit notamment de l’Union européenne, première puissance commerciale mondiale avec 15,9% du commerce mondial en 2008, qui échange pour 70% avec elle-même; Des Etats Unis, 3ème puissance commerciale avec 10,6% ; du Canada 6ème avec 3,8% du commerce mondial et du Mexique 11ème avec 2,4% du commerce mondial. Etats Unis, Canada et Mexique forment l’Accord de Libre-échange Nord Américain (ALENA) et commercent entre eux pour 60% de leurs échanges. On peut ajouter l’Amérique Latine qui, dans la cadre du MERCOSUR commerce avec elle même pour 30% et de l’Asie du Sud-Est où 35% du commerce entre les pays de l’Association des Nations d’Asie du Sud-Est ( ANASE) se fait entre eux. La Chine fait ici figure d’exception notable, mais qui confirme cette tendance, puisque son poids démographique, l’étendue de son marché et l’efficacité de ses politiques commerciales lui donnent autant d’atouts qu’une communauté d’intégration constituée de plusieurs Etats.  

L’Afrique de l’Ouest a donc fait le bon choix en empruntant la voie de l’intégration et du renforcement du commerce intra-régional.A l’image de ce qui se fait dans les régions évoquées plus haut, le développement du commerce intra-régional lui offrira, à coup sûr, les moyens de faire face à la compétition internationale que ses pays individuellement pourraient difficilement supporter. 

Elle pourrait ainsi fonder ses efforts d’industrialisation sur des changements structurels portés par des institutions régionales fortes, un réseau d’infrastructures dense et structuré, en particulier dans les secteurs de l’énergie et des transports, et réduire les asymétries entre pays à travers des politiques sectorielles communes et des fonds de convergence et de solidarité.  

De plus, chose notable dans la configuration actuelle de l’économie mondiale, la construction d’un ensemble économique unique permet d’élargir l’espace politique pour atténuer les contraintes exogènes qui affectent la mise en place de politiques régionales appropriées, d’atteindre une taille critique pour consolider l’investissement domestique et attirer l’investissement direct étranger et en fin, de développer une capacité d’offre compétitive.


Le commerce comme moteur de l’intégration régionale

Si le commerce est vu partout comme un aspect important de l’intégration économique, c’est qu’il existe une croyance forte dans ses capacités à promouvoir la croissance et le développement. Une tendance relativement forte de la science économique et des études du développement semble en effet s’accorder sur le fait que le commerce favorise la croissance et le développement en permettant, entre autres, d’échanger le surplus de la production nationale avec les produits d’autres pays.2

Baldwin a tenté de démontrer l’existence d’une corrélation entre les pays où il existe peu de restrictions au commerce  et la rapidité de la croissance dans  ces pays, et inversement3. En partant du postulat selon lequel la pauvreté est réduite plus rapidement lorsque la croissance est rapide et forte, on a souvent conseillé aux pays pauvres, en particulier ceux d’Afrique, qu’ils ont intérêt à recourir à la libéralisation commerciale en tant qu’instrument moteur pour leurs politiques économiques. On suppose ainsi que la libéralisation réduit les distorsions des prix relatifs et permet que les activités potentiellement compétitives et disposant d’avantages comparatifs se développent pour booster la croissance et la création de la richesse.4

D’autres auteurs ont aussi établi, non sans raison, cette relation entre le développement du commerce et la lutte contre la pauvreté.Winter,McCulloch et McKay ont montré que la croissance économique à long terme est un outil efficace de réduction de la pauvreté5. Leur analyse a tenté de démontrer de façon assez simple qu’en augmentant la croissance économique, l’ouverturecommerciale donne aux pouvoirs publics l’occasion de prélever davantage de recettes fiscales, ce qui leur donne ensuite la possibilité d’adopter des mesures de redistribution.

Ces théories sur le rôle positif du commerce dans la croissance et le développement ne sont pourtant pas nouvelles. On sait au moins depuisAdam Smith (18ème siècle) et Riccardo (19ème) que le commerce peut être favorablement corrélé à la croissance et à la réduction de la pauvreté, dans la mesure où il permet une spécialisation de l’économie qui à son tour permet des économies d’échelle, surtout pour les marchés étroits. De plus, l’histoire économique récente montre que le commerce international a joué un rôle fondamental dans le développement industriel de la Grande Bretagne dès le 18ème siècle, du Japon sous l’ère du Meiji, des Etats-Unis, de l’Australie et de l’Asie de l’Est et du Sud-est plus récemment.

Pourtant, pour séduisantes qu’elles soient, ces théories sont loin de faire l’unanimité. Prenant le contre-pied des thèses favorables à la libéralisation, d’autres travaux ont montré, d’une façon toute aussi convaincante, que la libéralisation commerciale n’induit pas automatiquement la croissance et le développement. Il existe une série d’étapes préalables et une grande variété de conditions à remplir sur une durée relativement longue avant que les bienfaits de la libéralisation ne soient visibles.

Dans un ouvrage consacré aux relations entre le commerce et le développement humain durable, le Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD) a fait une intéressante comparaison entre deux pays, selon leur niveau d’ouverture au commerce mondial, pour démontrer une telle assertion. Ces pays sont le Viet Nam et Haiti.

Depuis le milieu des années 80, le Viet Nam a entrepris une démarche progressive de réforme. Il n’est rentré à l’OMC qu’en 2006. Il a organisé un commerce international d’Etat, maintenu le monopole des importations, conservé des restrictions quantitatives et des droits de douane élevés (30 à 50%) sur les importations des produits agricoles et industriels. Pourtant, malgré ces mesures contraires aux « recettes» couramment préconisées par les tenants de la doctrine néolibérale, le Viet Nam a obtenu des succès spectaculaires en réalisant un taux de croissance supérieur à 8% par an depuis le milieu des années 90, ce qui lui vaut une augmentation de son commerce de 12%, une réduction considérable de la pauvreté, y compris en milieu rural et dans les couches vulnérables (les femmes et les jeunes) et un attrait des fluxd’investissement étrangers directs considérable. 

Haiti par contre s’est engagé dans une ambitieuse voie de libéralisation et d’ouverture tous azimuts depuis 1994/1995. Il a ramené ses tarifs douaniers à un maximum de 15% et éliminé toutes ses restrictions quantitatives. Son économie n’a pas pour autant évolué. Les indicateurs sociaux se sont même détériorés et la pauvreté a atteint par endroit des niveaux préoccupants. Bien qu’il soit membre de l’OMC depuis sa création, son intégration dans le commerce mondial est des plus marginales, et elle n’a toujours pas réussi à sortir de la catégorie des Pays les moins avancés (PMA) Ces deux exemples traduisent une réalité désormais bien connue non pas seulement des « experts » du développement, mais aussi de plus en plus, des populations africaines elles-mêmes : une libéralisation économique inconsidérée ou prématurée expose à la vulnérabilité et à la régression. L’expérience haïtienne est dans une large mesure celle de nombre de pays d’Afrique de l’Ouest, une région composée de 11 PMA sur 15 pays membres de la CEDEAO.

Entre ces deux visions qui ont toutes des arguments plus ou moins pertinents, il existe une option médiane, qui articule les deux pour définir une approche peut être plus proche de la réalité. En effet, si le débat est difficile à trancher, c’est en partie parce qu’il ne s’est jamais posé dans les termes d’un choix binaire entre libéralisme absolu ou protectionnisme absolu. Joseph Stiglitz nous apprend à ce propos que les pays qui ont le plus réussi à faire du commerce le moteur de leur croissance ont toujours eu à osciller entre ces deux extrémités en choisissant selon les cas, dans une gamme variée de politiques et de régimes commerciaux7. 

Une telle réflexion pose la question de savoir non pas s’il faut libéraliser le commerce, mais quand et comment le faire ? Avec quelles politiques ? Sur quel délai ?Avec quels partenaires ? Quels moyens ? Pour quel objectif à court ou moyen terme ?

Si on s’arrête un peu sur les leçons que nous laisse l’Histoire économique, on peut voir que si la trajectoire du développement est toujours différente d’un pays à un autre, celui-ci requiert, partout, un certain nombre de conditions nécessaires et de préalables quasi incontournables.

Dans le domaine du commerce, cette leçon montre que la libéralisation n’est pas une fin en soi mais une étape dans un long processus qui dans ses phases initiales, ne peut pas ne pas créer un environnement économique qui protège, encadre, appui et oriente les structures de production qu’elles soient industrielles, agricoles ou de services. La même leçon nous apprend aussi que ce processus ne peut être irréversible et qu’il convient d’aménager des possibilités pour revenir sur une libéralisation si celle-ci n’a pas atteint les objectifs qui lui sont assignés ou si elle a généré d’autres contraintes.

Jusqu’à une période relativement récente, nombre de pays en développement qui ont utilisé, entre autres, le commerce pour se hisser hors des affres de la pauvreté partageaient avec les Etats d’Afrique de l’Ouest les mêmes contraintes. Ces pays, dont certains sont dits émergents aujourd’hui ont su mettre en place les politiques commerciales idoines, articulées à une vision du éveloppement  claire, portée par un leadership responsable qui, dans un contexte international pas toujours favorable, a trouvé les bonnes stratégies pour avancer.

L’Afrique de l’Ouest n’a pas encore eu cette chance, en dépit de ses énormes potentialités. Son engagement de plus de 30 ans dans des efforts d’intégration économique régionale et de promotion commerciale n’a pas encore produit les résultats attendus. Les avancées obtenus à ce jour, en particulier dans le développement du commerce intra-régional et l’insertion de la région dans le commerce mondial, ne reflètent ni l’ampleur des objectifs affichés au départ, ni les intentions déclarées par les leaders de la région, ni même les efforts menés quotidiennement sur le terrain par une partie importante de la population de la région. Les économies de la région n’ont pas connu la croissance attendue et les relations commerciales entre Etats membres de la CEDEAO ont évolué d’une manière très marginale.

De nombreuses raisons sont invoquées pour justifier cette tendance. Parmi elles, le fait que la structure commerciale de l’ensemble des pays de la sous région est fortement déterminée par la dépendance à l’exportation d’un ou deux produits de base seulement pour engendrer des devises. Ces pays sont très vulnérables aux comportements de facteurs exogènes tels que l’évolution des cours des matières premières, les aléas climatiques et les contraintes liées à l’accès aux marchés dans les pays industrialisés. Malgré l’évolution de leurs composantes macroéconomiques ces dernières années, les pays de la région n’ont pas réussi à diversifier leur base de production et de commercialisation sur les marchés extérieurs, pas plus qu’ils n’ont augmenté significativement les flux d’échanges intracommunautaires. 

En dépit de la révision des tarifs à la baisse, suite aux initiatives unilatérales, régionales et multilatérales de libéralisation des échanges, certains obstacles non-tarifaires tels que l’instabilité politique, les contraintes sociopolitiques et économiques internes et le faible niveau de facilitation des échanges constituent des entraves considérables au commerce intra-régional en Afrique de l’Ouest. 

D’un bout à l’autre de cette région, les contraintes semblent être les mêmes et se traduisent pour la plupart par un défaut d’application des engagements auxquels les Etats ont pourtant librement souscrits. A l’absence ou la défectuosité des infrastructures se joignent les tarifs douaniers relativement élevés, le nombre limité de produits et de services, la marginalisation du secteur privé régional, formel comme informel, les tracasseries administratives de toutes sortes et le manque de systèmes d’informations fiables sur les opportunités et les marchés régionaux. Par exemple, le manque d’information sur les domaines excédentaires et déficitaires pour un produit particulier de la région est un problème. Mais même là où l’information n’est pas une contrainte, les problèmes liés à l’infrastructure incitent à négocier avec des pays en dehors de la région plutôt qu’avec un pays voisin. C’est un facteur majeur, responsable du faible niveau observé de commerce intra-régional en Afrique.

Il y a eu, certes, un accroissement des échanges au sein de la CEDEAO et de l’UEMOA, mais ceci ne s’est pas fait sur une base durable, par rapport à leurs échanges respectifs avec le reste du monde, sauf pour l’UEMOA, dont le commerce intra-régional a enregistré une hausse au cours des dernières années, en raison peut-être de l’amélioration de la performance de l’union douanière. Le commerce intra-UEMOA est en effet passé de 9 % environ en 1980 à 11% en 1990 et environ 12% au début des années 2000. Aujourd’hui certaines analyses créditent ce commerce d’un pourcentage entre 15 et 20%. Mais même si, de toute évidence, le commerce intra-régional reste encore faible, instable, peu diversifié et fortement vulnérable à des facteurs externes, tous reconnaissent cependant son potentiel de croissance ainsi que la nécessité de le promouvoir pour créer les conditions d’un développement endogène et durable en Afrique de l’Ouest. 

C’est pourquoi, ce serait peut-être faire un mauvais procès aux acteurs de l’Afrique de l’Ouest que de croire qu’ils ne sont pas conscients de l’importance de se doter des bonnes politiques commerciales. Si tel était le cas, ils ne s’engageraient pas, simultanément, dans une panoplie de processus de négociations dont tous visent la libéralisation commerciale. 


Une région écartelée entre plusieurs processus régionaux, bilatéraux et multilatéraux 
Depuis plus de deux décennies, les instances dirigeantes de l’Afrique de l’Ouest ont fait le choix d’accélérer le
processus d’intégration régionale à travers l’élaboration et la mise en oeuvre de politiques régionales communes dans un nombre significatif de domaines : commerce, industrie, agriculture, monnaie, investissement et concurrence, normes, facilitation de échanges et libre circulation des biens et des personnes, développement régional etc. L’élaboration de ces politiques fait l’objet de longues et profondes négociations entre pays de la région pour trouver un équilibre satisfaisant entre les intérêts d’Etats encore vulnérables, peu industrialisés et encore fortement dépendants de l’extérieur et ceux d’une région en construction dont les intérêts ne coïncident pas toujours avec ceux des Etats qui le composent. 

Pourtant, parallèlement à ces initiatives relatives à l’intégration régionale déjà complexes, les pays d’Afrique de l’ouest se sont engagés, individuellement ou collectivement, mais simultanément, dans une large palette de négociations commerciales allant des arrangements commerciaux bilatéraux dans le contexte de leurs relations avec l’Europe, à des accords commerciaux multilatéraux, actuellement négociés sous l’égide de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). 

De par leur simultanéité et leur chevauchement, les négociations associées ces arrangements commerciaux posent pour les Etats de la région de nombreux problèmes difficiles à surmonter.

Ceux-ci comprennent des questions liées :

  • à leur capacité à élaborer et conduire durablement des politiques de développement et à tirer de celles-ci les stratégies et éléments constitutifs de leurs positions dans diverses enceintes de négociation ; 
  • aux problèmes du chevauchement et de l’imbrication des obligations en matière de mise en oeuvre et de respect des obligations que ces arrangements commerciaux imposeront aux pays de l’Afrique de l’Ouest ; 
  • aux questions de cohérence, de complémentarité et de compatibilité entre les objectifs, les modalités, ainsi que les stratégies de développement inscrites dans ces négociations d’une part, et les objectifs et stratégies de développement nationaux et régionaux des pays d’Afrique de l’Ouest d’autre part. 

A ces initiatives s’ajoute aussi désormais l’ouverture de la région à des partenaires commerciaux non traditionnellement ancrés enAfrique de l’Ouest. 

Il s’agit en particulier de la Chine, de l’Inde, du Brésil et d’autres pays émergents fortement intéressés par les ressources et le marché ouest africains et vis-à-vis desquels les Etats d’Afrique de l’Ouest devraient se doter de la meilleure stratégie et des capacités de négociations les plus efficaces.

 

UN Futur à construire

L’Afrique de l’Ouest est donc clairement à la croisée des chemins. Elle fait face, incontestablement, à de nombreuses difficultés qui pourraient impacter négativement sur sa marche vers le progrès économique et le développement. Mais elle a en même temps les atouts nécessaires à l’accomplissement de son projet d’intégration et de développement. Son avenir se conjugue avec les immenses possibilités et les opportunités dont elle dispose. Ces possibilités sont le résultat positif obtenu de l’articulation entre les ressources naturelles, humaines et spirituelles dont elle regorge et les ambitions, les efforts, la volonté et le travail quotidien et inlassable des millions d’hommes et de femmes qui peuplent ses villes et ses campagnes. 

L’Afrique de l’Ouest représente un marché de près de 300 millions de consommateurs. Sa population, jeune, ne demande qu’à travailler et son sol et sous-sol lui donnent à peu près toutes les ressources dont elle a besoin pour produire, transformer, vivre et vendre. C’est pourquoi la pauvreté de l’Afrique de l’Ouest ne se justifie, ou ne se justifie plus. Si nous convenons avec Adam Smith que les nations tirent leurs richesses du travail, de la terre et du capital, on comprend difficilement pourquoi cette région a un présent aussi peu conforme à ses possibilités. 

Bien que les contraintes de l’Afrique de l’Ouest soient, pour une part non négligeable, déterminées par des réalités exogènes, sa pauvreté, tout comme la faible influence qu’elle a sur la marche économique du monde, s’expliquent pour une large part, de loin la plus large part, par le manque d’organisation des Etats, l’incapacité collective à fédérer durablement et efficacement les initiatives et à mutualiser et rationaliser les ressources pour atteindre des objectifs définis en commun. 

Sortie d’un passé sur lequel elle avait peu de prise et vivant un présent qu’elle tente péniblement de modeler, l’Afrique de l’Ouest a cependant sûrement tous les moyens d’inventer son futur.

Dans cette optique, la libéralisation commerciale, pour être profitable aux peuples, ce qui en définitive devrait être sa seule vocation, doit viser principalement la construction d’un marché régional fort, diversifié, compétitif et solidaire qui lève toutes les entraves à la libre circulation des biens et des personnes et fournit aux populations des produits en quantité et en qualité suffisantes. Dans un tel dessein, tout accord commercial, à quel que niveau qu’il soit négocié, ne doit viser qu’à renforcer l’intégration, le commerce intrarégional et le développement et rien de ce qu’il contient comme dispositions ne doit être de nature à ralentir, freiner ou empêcher l’objectif régional. 

Cet ouvrage est le fruit d’un pari sur l’avenir de l’intégration et du commerce intra-régional en Afrique de l’Ouest. Mais parier sur un futur radieux pour l’intégration et le commerce intra-régional enAfrique de l’Ouest peu paraitre une démesure au vue des contraintes internes et externes qui entravent encore leur développement.

Ce pari traduit pourtant l’engagement d’Enda Tiers Monde et de ses partenaires à susciter et à tenir la réflexion et l’action pour élargir les possibilités régionales existantes et en créer de nouvelles. 

Sept auteurs, spécialistes reconnus dans leurs domaines, ont contribué à cet ouvrage. Leurs analyses croisées et leur lecture fine et rigoureuse des enjeux de la région ont permis de jeter une nouvelle lumière sur le processus d’intégration et le renforcement du commerce intracommunautaire. On y retrouvera au fil des pages une brillante analyse des politiques commerciales régionales, de l’Union douanière (TEC) et le renforcement du marché régional sous la plume d’Epiphane ADJOVI, économiste et chercheur Béninois. 

Son étude est renforcée par celle de Bio Goura SOULE, Béninois, spécialiste reconnu des questions agricoles et économiques, sur un sujet déjà assez largement traité mais sur lequel il porte un regard tout à fait incisif. Il s’agit du commerce informel transfrontalier en Afrique de l’Ouest. 

 Le troisième sujet traité dans l’ouvrage porte sur la politique industrielle ouest africaine et les conditions d’émergence d’un secteur privé dynamique. Il est abordé par Guillaume GNAMIEN NDRI, économiste et chercheur Ivoirien ayant une fine expérience du processus d’intégration économique régionale. Il montre qu’en dépit des échecs qui jalonnent le processus d’industrialisation enAfrique de l’Ouest, il existe un potentiel significatif aussi bien en ressources qu’en expertises qui laisse présager d’un avenir positif. Mais analyser les politiques économiques et commerciales régionales sans traiter de la question monétaire dans un contexte où il est admis que la politique monétaire est un outil irremplaçable de promotion commerciale, peut paraitre quelque peu réducteur. C’est cette contribution importante qu’a apporté dans cet ouvrage, Kako NUBUKPO, Professeur agrégé d’économie, en abordant la problématique de l’articulation entre la politique monétaire et le développement du marché régional. 

Au-delà des questions relatives à divers aspects du commerce des marchandises au sein de la région, ce livre ouvre aussi une fenêtre, que nous espérons élargir, de réflexion sur le commerce des services, la propriété intellectuelle et la cohérence des politiques régionales. 

Sur le commerce des services, l’analyse a porté sur les services financiers et particulièrement le sous-secteur des assurances. Le travail confié, à juste titre, à Amar KEBE, cadre à AXA Assurances-Sénégal et professionnel du secteur, a eu pour résultat la production d’une étude détaillée qui montre les avantages et les défis de la réglementation régionale du commerce des services. A travers le cas du Code CIMA, cette étude met à nue tout à la fois les bienfaits d’une réglementation régionale destinée à produire et à retenir la richesse au sein de la région, et les défis que posent les obligations internationales actuelles ainsi que les pratiques des multinationales. 

La propriété intellectuelle est l’une des questions non commerciales, mais fortement liées au commerce, abordées dans cet ouvrage. La question est traitée par Amadou TANKOANO, Professeur à l’Université de Niamey. Il est l’un des meilleurs spécialistes d’Afrique francophone sur les Droits de propriété intellectuelle. Son analyse a fait ressortir la nécessité d’harmoniser les droits nationaux actuels pour aller vers un droit communautaire en matière de propriété intellectuelle.

L’ouvrage se termine sur une étude transversale portant sur la problématique de la cohérence des politiques en Afrique de l’Ouest. L’engagement simultané de la région et de ses Etats Membres dans une gamme large d’accord commerciaux conclus ou en voie de l’être génère des incohérences et des contradictions qui pourraient retarder la marche de l’Afrique de l’Ouest vers l’intégration économique. Ce sujet est traité par El HadjiAbdourahmane DIOUF, Juriste et spécialiste du commerce international. 

Il montre notamment que cette mise en cohérence des engagements régionaux, bilatéraux et internationaux dans le cadre d’une politique régionale commune est nécessaire pour donner à l’Afrique de l’Ouest, au moins, un espace politique suffisant pour l’élaboration de politiques commerciales autonomes, sous l’impulsion de ses autorités propres et en tenant compte de ses besoins économiques et commerciaux (...)  

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2 CEA, Union Africaine, BAD, 2010, “ Etat de l’intégration régionale en Afrique”, CEA.
3 Baldwin (2003), cité par CEA, UA, BAD (2010). .
4 idem
5 Winter et al , 2004, “ Trade liberalization and poverty . The evidence so far”, Journal of
Economics Litterature 42, pp72-105.
6 PNUD, 2003, « Mettre le commerce international au service de tous », PNUD..
7 Stiglitz,2005 « Pour un commerce mondial plus juste », nouveaux horizons, pp417.

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