ENDACACID



COMMUNIQUE DE PRESSE

FACILITATION TABASKI 2015

POURQUOI LES MOUTONS DE TABASKI COUTENT-ILS SI CHERS?

Ce communiqué de presse est publié suite à une mission d'observation menée par ENDA CACID du 15 au 19 septembre 2015, sur une partie du corridor Dakar-Bamako pour évaluer d'une part, l'application de la décision du Gouvernement du Sénégal visant à faciliter l'importation des moutons pour les besoins de la Tabaski, et d'autre part, le respect des protocoles de la CEDEAO sur la libre circulation des marchandises et des personnes.

A travers la lettre circulaire n°027 83 PM/ CAB/CT.2ITA/PSS/kbm datée du 30 Juillet 2015, le Gouvernement a pris d'importantes mesures pour garantir l'approvisionnement correcte du marché Sénégalais en moutons pour la Tabaski 2015. Ces mesures portent notamment sur:

  1. l’assouplissement du contrôle des camions transportant les moutons ;
  2. la réduction des postes de contrôle au strict minimum nécessaire;
  3. l’exonération des droits et taxes;
  4. l’autorisation de présence à bord des camions ou de wagons de trois bergers chargés de la surveillance des animaux transportés.

Ces mesures s’appliquent au niveau des frontières, des axes de voyage, des zones d’attente et des points de vente de moutons, pour la période allant du 8 août au 8 octobre 2015.

Les statistiques collectées dans la période du 08 Août au 21 Septembre à 10 h 20 mn concernant le rythme des importations de moutons, le nombre de camions, d’opérateurs économiques, leur nationalité  et  le niveau de répartition dans les points de vente, donnent les indications suivantes:

  • Importation en provenance du Mali : 266 972 moutons
  • Nombre de camions transportant les moutons : 1 776
  • Nombre d’opérateurs économiques impliqués : 865 dont 511 Mauritaniens, 270 Maliens et  84 Sénégalais
  • Concernant les destinations des cargaisons, nous avons recueilli la répartition nationale des importations :

Dakar : 19, 87%
Mbirkilane : 13, 35%
Séwékhaye (site de Ngoundiane) : 26, 21%
Missirah : 4,27%
Sandiara : 4,82%
Ziguinchor : 3,32%
Mbour : 1,92%
Kaolack : 26,12%

Incontestablement, des efforts notoires sont enregistrés en termes de respect de la lettre circulaire. A ce titre, la Douane de Kidira nous confirme qu’à leur niveau, conformément à la lettre circulaire, ils ont supprimé la TVA qui s’applique au bétail et cette suppression a été confirmée par les opérateurs trouvés sur place. « Nous exerçons simplement un contrôle de ciblage de moins de deux minutes sur certains camions pour s’assurer qu’à l’intérieur, il n’y a pas de produits frauduleux comme l’huile ou le gasoil », dit-il.

De son côté, la police informe qu’avant même la réception de la lettre circulaire, le Commissaire a briefé tous les éléments sur les enjeux de la Tabaski et demande de tout faire pour faciliter le passage des camions qui transportent les moutons en provenance du Mali. Au niveau de la poste frontière, le temps d’arrêt pour l’enregistrement est moins de deux minutes et souvent, moins d’une minute.

La Mairie de Kidira, qui appliquait un droit de stationnement de 1000 FCFA aux camionneurs,  a levé cette taxe depuis la publication de la lettre circulaire. De même, les services vétérinaires ont rendu gratuit le laisser-passer sanitaire. Du coté des transporteurs, en vertu de la lettre circulaire, le Syndicat a accepté maintenant que les camions maliens chargent les moutons à Bakel alors qu’il ne l’acceptait pas avant.

Enda CACID a noté cependant qu'en dépit des mesures gouvernementales destinées à supprimer les obstacles à la circulation des moutons et à lever les tracasseries sur les routes, il subsiste encore d'importants goulots d'étranglement faits de barrages, de prélèvement de taxes indues, de faux frais et d'extorsions qui rallongent considérablement les délais pour atteindre les marchés et augmentent les prix des moutons.

Ces tracasseries sont notées tout au long du trajet de Kidira à Dakar. Plus de 43 postes de contrôle sont notés entre Kidira et Diamniadio. Selon un représentant d'un syndicat des transporteurs  rencontré, « l’enregistrement est gratuit au niveau de police frontière, mais les chauffeurs déboursent toujours 1000 francs ». A partir de 21h à Tambacounda, à l’entrée comme à la sortie, l’Agent demande 5 000 F au  propriétaire des moutons et 2 000 F au chauffeur sinon le camion ne passe pas. » Pour illustrer ses propos, il montre la photo de dix-huit moutons morts (valeur estimée à 900 000) dans un camion sous l’effet de la chaleur, suite à son refus de payer les faux frais demandés.

Ainsi donc pour un faux frais de 7.000 FCFA, l’opérateur a perdu 900.000 FCFA.  Le paiement d'une taxe d’enregistrement de 1.000 FCFA et parfois de 2.000 FCFA a été confirmé par tous les camionneurs interrogés.

La même situation est notée en territoire malien, notamment entre Kayes et Diboli. Les commerçant Mauritaniens qui ont transité par le Mali pour rentrer au Sénégal ont aussi rencontré les mêmes difficultés de circulation et supporté des surcouts similaires. L'un d'entre eux transportant 180 moutons à destination du Sénégal a payé 100.000 FCFA rien que pour le camion et perdu 9 jours à rechercher l’autorisation de sortie du territoire malien.

Sur un document délivré par le Bureau d’Exportation Nationale du Mali, il est bien écrit 5.000 FCFA comme montant de la taxe, mais les opérateurs mauritaniens affirment avoir déboursé entre 50. 000 et 65.000 FCFA.

De telles pratiques sont illégales et vont à l’encontre des dispositions de la lettre circulaire du Gouvernement du Sénégal et des textes de la CEDEAO.

Elles constituent de sérieuses obstacles à l’intégration régionale, impactent négativement le bien-être des populations et étouffent l’initiative privée.

Les prix des moutons jugés exorbitants par les usagers trouvent l'une de leurs explications dans ces taxes indues prélevées par les agents des administrations.

Les gouvernements, en particulier celui du Sénégal, doivent se donner les moyens de faire respecter les dispositions régissant la libre circulation des marchandises et des personnes pour le plus grand bien des populations ouest-africaines. 

ENDA CACID

 

 

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