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À l’heure où les États membres des Nations unies se préparent à adopter un nouveau programme de développement global pour la période de l’après-2015, qui comprendra un ensemble de 17 Objectifs de développement durables (ODD), le Secrétaire général de la CNUCED, Mukhisa Kituyi, a présenté quatre grands axes d’actions en vue de la réalisation de ce nouveau programme. Ces derniers s’inscrivent dans le cadre son rapport pour la quatorzième Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED XIV), qui sera la première conférence ministérielle des Nations unies de l’ère post-2015. Selon Kituyi, la conférence, qui devrait se tenir en mars 2016, « constituera un point de départ pour transformer les ambitions et les engagements renforcés de la communauté internationale en plans d’action concrets ».   

Le programme de développement pour l’après-2015 devrait être formellement adopté lors d’un sommet onusien, à New York, à la fin du mois de septembre. Après un long processus d’intenses négociations, les membres de l’Organisation des Nations Unies (ONU) sont parvenus, le mois passé, à s’accorder sur un document final intitulé « Transformer notre monde : le Programme 2030 pour le développement durable ». Une fois son adoption formelle entérinée, ce programme entrera en vigueur le 1er janvier 2016, succédant ainsi aux objectifs du Millénaire pour le développement (voir Passerelles, 25 août 2015).

Pour Mukisha Kituyi, même si d’énormes efforts restent à faire, les résultats ont jusque-là été significatifs. D’après son rapport, « les 25 dernières années ont créé l’environnement requis pour donner l’impulsion finale qui fera disparaître l’extrême pauvreté en une génération ». En une vingtaine d’années, ce sont plus d’un milliard de personnes qui sont sorties de l’extrême pauvreté, et des centaines de millions d’individus qui ont rejoint la classe moyenne, alors que certains pays en développement sont devenus d’importants moteurs de la croissance. Toutefois, en dépit des progrès accomplis, « la pauvreté et les inégalités, à la fois entre les pays et à l’intérieur des pays, restent omniprésentes », souligne Kituyi.

 

Axes d’actions prioritaires
C’est donc pour  faire face à ces problèmes persistants, auxquels viennent s’ajouter certaines difficultés nouvelles, que la mise en œuvre du nouveau programme de développement global sera cruciale. « L’agenda de développement durable post-2015 place la barre plus haut et appelle des actions et des efforts sans précédent », insiste Kituyi.  Néanmoins, comme il le souligne dans son rapport, ces efforts nécessiteront de mobiliser des moyens à une échelle sans précédent. « À eux seuls, les pays en développement devront investir annuellement entre 3 300 et 4 500 milliards de dollars dans l’infrastructure de base, la sécurité alimentaire, l’adaptation et l’atténuation des effets du changement climatique, la santé et l’éducation. En valeur réelle, il manque actuellement 2 500 milliards de dollars d’investissements par an », affirme Kituyi.

Afin de soutenir la mise en œuvre du programme de développement pour l’après-2015, le rapport du Secrétaire général de la CNUCED, intitulé « Des décisions aux actions », articule quatre grands axes d’action prioritaires : (1) augmenter les capacités productives pour transformer les économies, (2) améliorer l’efficacité des États et l’efficience des marchés, (3) lutter contre les vulnérabilités et renforcer la résilience, ainsi qu’enfin (4) renforcer le multilatéralisme et trouver des solutions communes. Ces grands axes, très larges, sont ensuite décomposés en plusieurs lignes d’actions plus spécifiques,  18 au total. Ainsi, le rapport propose un plan d’action détaillé visant à guider les efforts en vue de parvenir à une prospérité durable pour tous dans les 15 prochaines années.

 

Un rôle crucial pour le commerce
Parmi les diverses actions recommandées, le rapport du Secrétaire général de la CNUCED insiste sur le rôle essentiel du commerce dans la mise en œuvre de l’agenda post-2015, dont différents aspects sont mis en évidence tout au long du rapport. En particulier, au sein de l’axe concernant le renforcement des capacités productives en vue de transformer les économies, une ligne d’action spécifique appelle à exploiter les interactions entre le commerce et l’investissement pour encourager la diversification.

Dans ce contexte, le rapport souligne l’évolution profonde qu’ont connue les processus de production, avec l’avènement des chaînes de valeurs mondiales et régionales, ainsi que l’importance pour les pays en développement de parvenir à en tirer parti. Pourtant, le document met également en garde : l’intégration et la mobilité au sein des chaînes de valeur constituent des processus qui sont loin d’être simples ou automatiques. À cet égard, certaines mesures s’avèrent d’une grande importance, comme l’amélioration des infrastructures, la facilitation des échanges et l’automatisation des procédures douanières. De même, le rapport encourage les dirigeants à mettre en place des politiques actives, afin de renforcer les capacités productives, accroître la compétitivité et diversifier les exportations.

Par ailleurs, Kituyi appelle également, dans le cadre du quatrième axe consacré au multilatéralisme, à renforcer l’efficacité du système commercial multilatéral dans les décennies à venir. Malgré les revers récurrents essuyés par l’Organisation mondiale du commerce (OMC), le rapport fait valoir qu’il est « essentiel de revitaliser le système commercial multilatéral en donnant à ce bien public mondial un nouvel élan et une nouvelle pertinence dans le but de réaliser les objectifs de développement durable ». Cela passe notamment par la conclusion du Programme de Doha pour le développement, « dont la dimension relative au développement est restée intacte ». Le rapport exhorte donc, au-delà des décisions prises à Bali en 2013, à franchir de nouvelles étapes, visant en priorité le développement, à l’occasion de la 10ème Conférence ministérielle de l’OMC à Nairobi.

Le Secrétaire général insiste aussi sur le fait que, dans le monde d’aujourd’hui, l’accès aux marchés n’est qu’un des multiples aspects à aborder si l’on souhaite mettre les échanges mondiaux au service du développement. Les barrières non tarifaires, normes et standards auquel les pays en développement doivent faire face peuvent notamment peser significativement sur leur commerce, et de manière disproportionnée pour les PMA. Le rapport appelle donc à renforcer la transparence et la convergence réglementaires afin de réduire l’impact des barrières non tarifaires.

Kituyi revient enfin sur la multiplication des accords bilatéraux, régionaux, mégarégionaux et plurilatéraux ainsi que sur leur relation avec les processus multilatéraux. Il appelle à ce que ces accords viennent étayer le multilatéralisme. « L’objectif devrait être de promouvoir un régionalisme ouvert, plutôt que fermé, afin d’éviter d’aboutir à un système commercial encore plus fragmenté et exclusif », peut-on lire dans le rapport. À cette fin, il est notamment important de redoubler d’efforts pour les différentes règles contenues dans ces accords concordent davantage et se renforcent mutuellement. 


Rapport ICTSD.

 

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