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L’Ambassadeur Nkopane Raseeng Monyane a été nommé Représentant permanent du Royaume du Lesotho auprès de l'Office des Nations unies (ONU), de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et des autres organisations internationales à Genève en 2013. Il est actuellement le coordinateur du Groupe africain à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). 

Avant sa nomination en tant qu’ambassadeur, il a occupé plusieurs postes dans les secteurs bancaire, financier et textile au Lesotho. Il a notamment été directeur général de la Lesotho Building Finance Corporation et de la Lesotho Bank. Il a également occupé le poste de directeur général de la banque centrale du Lesotho. De 2004 à 2013, il a été responsable régional au sein du Gooway Group.

[Passerelles] La conférence ministérielle de Nairobi est dans quelques semaines. Quelle est votre évaluation du chemin parcouru et du travail effectué depuis Bali ?

[Nkopane Raseeng Monyane] Eh bien, il se trouve que peu de chemin a été parcouru depuis Bali. Tout d’abord, nous nous sommes retrouvés dans une impasse : le protocole d’amendement relatif à l’Accord sur la facilitation des échanges (AFE) de l’OMC n’a pas pu être adopté avant la fin du mois de juillet 2014. Une fois cette situation résolue, plus tard au cours de la même année, les membres se sont avérés incapables d’établir le programme de travail, alors même que les ministres leur avaient clairement donné le mandat, à Bali, d’élaborer un programme de travail détaillé.

Par conséquent, nous nous trouvons actuellement dans une phase de négociation sans aucune clarté concernant ce que nous devons atteindre. C’est pourquoi nous nous focalisons désormais sur un petit paquet d’« éléments livrables » pour Nairobi. Sur les questions substantielles, les discussions ont stagné dans le domaine de l’agriculture, qui est d’une importance majeure pour les membres.

[P] Quelles sont vos attentes pour Nairobi ?

[NRM] Nairobi doit produire des résultats pour l’Afrique et pour les pays les moins avancés (PMA). On continue d’entendre ce slogan. Mais la question est la suivante : « Peut-on, de manière réaliste, attendre quoi que ce soit des termes du petit paquet qui est pressenti ? ». Ce dernier inclut actuellement les questions relatives aux PMA, la concurrence à l’exportation et la transparence comme résultats probables. Une question se pose : « Devrions-nous garder nos attentes habituelles pour Nairobi ? ».

[P] Quels domaines identifiez-vous comme les plus prometteurs pour un paquet substantiel à Nairobi ?

[NRM] Eh bien, le paquet des PMA, la concurrence à l’exportation et la transparence constituent les éléments les plus prometteurs d’un potentiel paquet de Nairobi. Mais le problème, c’est que cette liste ne représente pas ce que l’Afrique veut ! L’Afrique veut des réformes dans l’agriculture. C’était bien là la base du Programme de Doha pour le Développement (PDD), et Doha constituait la base des réformes devant mener au développement.

L’agriculture constitue l’élément le plus important pour le développement si l’on tient compte des objectifs des besoins domestiques et de subsistance quotidienne de la population africaine. Donc à ce niveau-là, nous sommes déçus, puisqu’il semble, au moment où nous parlons, qu’il n’y aura pas de mouvement dans le pilier agricole.

[P] Nairobi n’est pas une fin, mais personne ne sait ce qui suivra. Une continuation du PDD? De nouveaux domaines? Comment voyez-vous l’ère de l’après-Nairobi?

[NRM] Tout d’abord, toute dynamique post-Nairobi sera déterminée par ce qui se passe à Nairobi. Qu’est-ce qui est inclus dans le paquet des PMA ? Il se peut qu’il soit vide, et cela signifierait que Doha n’a rien fait pour promouvoir l’agenda du développement. Au final, s’il n’y a pas grand-chose dans ce paquet, cela signifie que nous devons faire quelque chose après Nairobi pour obtenir un paquet des PMA qui ait une valeur commerciale.

Ensuite, il y a également la question de la concurrence à l’exportation en tant que résultat. Mais en ce moment, il n’y a pas grand-chose là-dessus. Concernant la transparence, qui ne constitue pas un résultat significatif d’un point de vue commercial, les questions de savoir qui va payer pour cette transparence et ce qu’il se passe pour ceux qui ne sont pas en mesure de le faire doivent être abordée.

Dans un contexte post-Nairobi, une question cruciale consistera à définir si tous les domaines doivent continuer dans le cadre que forme Doha ou bien s’ils doivent continuer mais être traités dans un format différent. Il existe un argument qui avance que Doha n’a produit aucun résultat en 14 ans, et qu’un changement est donc nécessaire. J’observe ici qu’on ne pas parler de continuer certains domaines et ensuite commencer à parler de changement d’architecture !

Doha, en tant que programme de développement, a été conçu pour prendre en compte les besoins des moins privilégiés. Si nous commençons à parler de ces besoins d’une manière qui ne soit pas inclusive, d’une manière qui pourrait amener à une sorte de « coalition des volontaires », alors nous tournons le dos à l’origine de ces questions. Nous avons un PDD qui est incomplet, et ceux qui veulent changer l’architecture doivent soumettre des propositions très claires. Si vous voulez un changement, vous devez faire une proposition, la justifier et tenter de convaincre les membres, qui peuvent alors s’y rallier.

[P] Dans la situation actuelle, la conclusion des objectifs du PDD semble totalement hors de portée. Il semble que certaines délégations préféreraient couvrir les objectifs de développement uniquement par le biais d’un paquet des PMA. Pensez-vous qu’il soit possible d’obtenir un paquet des PMA crédible s’il n’y a pas de concessions, ou seulement des concessions mineures, en faveur de tous les pays en développement ?

[NRM] Il y aura un paquet des PMA. La question est de savoir à quel point ce dernier sera crédible. Tout le monde dit qu’il doit y avoir des résultats tangibles pour le développement, mais au-delà de cela, qu’avons-nous ? Sommes-nous fidèles au développement ? Concernant la question de l’accès aux marchés en franchise de droits et sans contingents : quels résultats allons-nous produire, pour qui, et en faveur de combien de membres ? Est-ce que cela va servir les questions d’intégration économique sur le continent africain ? Est-ce que cela va rendre l’Afrique elle-même plus compétitive ? L’accès aux marchés en franchise de droits et sans contingent constitue la question la plus importante et nous devons nous demander ce qui, en elle, aidera vraiment les PMA à progresser. Il y a effectivement des bénéfices pour un ou deux pays, mais pas pour beaucoup plus que celà!

Quant aux règles d’origine, elles ne produiront rien en elles-mêmes ; elles sont intimement liées à la question de l’accès aux marchés. Il en va de même s’agissant de la dérogation concernant les services pour les PMA. Il est nécessaire que nous réalisions la valeur commerciale de toutes ces propositions.

Il y a un grand élan visant à obtenir un résultat qui soit contraignant, mais la vrai question à laquelle nous nous devons de répondre est la suivante : « Quels résultats significatifs d’un point de vue commercial obtient-on avec de telles décisions contraignants, pour les PMA dans leur ensemble et non pas uniquement pour une poignée de pays parmi eux ? ». Après tout, il n’est pas du ressort de l’intégralité des membres de l’OMC d’élaborer un paquet des PMA qui soit significatif ; un consensus général des PMA est nécessaire.

Comment faites-vous, en tant que coordinateur du groupe africain à l’OMC, pour parvenir à gérer les attentes des différentes membres de votre groupe, qui inclut beaucoup de PMA, mais également des pays qui ne sont pas des PMA ?

[NRM] En tant que coordinateur du Groupe africain, je ne pense pas aux PMA et aux non-PMA de manière séparée et isolée. Je tente d’identifier les priorités africaines et, dans le contexte du continent africain, quelles priorités sont déterminées par différentes membres avec des niveaux d’aspirations différentes. Nous sommes africains avant d’être des PMA ! La composante PMA, ou toute autre configuration, représente uniquement un sous-ensemble de cette situation permanente que représente le fait d’être l’Afrique.

[P] Qu’est-ce qu’une conférence ministérielle en Afrique représente, puisque c’est la première qui sera tenue en Afrique dans l’histoire de l’OMC ?

[NRM] Nous apprécions le fait que les membres de l’organisation aient commencé à reconnaître que l’Afrique existe. D’une certaine manière, il est malheureux de constater que la première conférence ministérielle sur sol africain prend place 20 ans après l’établissement d’une organisation originellement crée à Marrakech, en Afrique. Cependant, cela devrait sensibiliser notre population au rôle du système commercial multilatéral, et ce genre de sensibilisation ne peut être que positive.

[P] Comment percevez-vous les grands changements qui sont en train de modifier le paysage du commerce au niveau global, et qui affecte la prise de décision dans le cadre de l’OMC, en particulier concernant l’agenda de l’Afrique ?

[NRM] Tout d’abord, le changement est inévitable. Est-ce que c’est un changement pour le mieux ? Quels sont les objectifs de ceux qui poussent pour ces changements ? Tout cela nous ramène à la question de l’agenda post-Nairobi. Par exemple, les accords méga-régionaux sont dans l’intérêt de certains pays spécifiques, mais ils ne sont pas dans l’intérêt du système commercial multilatéral. Avec Nairobi, nous voulons également dire que l’Afrique s’engagera constructivement pour le système commercial multilatéral.

La question demeure de savoir pour les produits de qui ? Nous ne voulons pas être uniquement un marché grandissant de consommateurs ; nous voulons être de l’autre côté de l’équation de l’économie globale. L’Afrique doit développer sa capacité à approvisionner son marché en pleine expansion et gagner en compétitivité d’un point de vue global.  

In the left margin, at the top of the first page:

[Picture of Ambassador Nkopane Raseeng Monyane]

Nkopane Raseeng Monyane

Ambassadeur et Représentant permanent du Royaume du Lesotho auprès de l'Office des Nations unies à Genève, et Coordinateur du Groupe africain à l’OMC.

 

In the left margin, at the bottom of the third page:

 

Cet entretien a été réalisé le 29 octobre 2015.

 

 

 

 

 

 

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