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Le Liberia s’est lancé dans une impressionnante entreprise de développement du secteur du tourisme. Comment les efforts actuels du pays peuvent-ils servir d’exemple à suivre pour des pays similaires en Afrique ?
 

Lorsque l’on pense au Liberia, l’adjectif « idyllique » ne vient pas immédiatement à l’esprit, mais cela pourrait bientôt être le cas si l’avancée volontaire du pays vers la réforme du secteur touristique se poursuit. Pour la première fois dans son histoire, le Liberia emprunte avec détermination le chemin du développement du tourisme en tant que pilier de son économie. Dans un contexte de priorités concurrentes, cette lancée stratégique est courageuse, et peut amener le Liberia à devenir une étude de cas de développement réussi du tourisme dans la région. Toutefois, dans un pays où le tourisme a constitué une priorité si basse qu’il ne délivre même pas de visa de tourisme, quelles sont les perspectives d’un objectif aussi ambitieux, et s’il réussit, le Liberia peut-il offrir d’importants enseignements à d’autres économies ? 


Le Liberia : une histoire douloureuse
Le Liberia est doté de ressources naturelles extraordinaires, mais la chance n’en fait pas partie. À de multiples reprises, le pays a combattu l’adversité – naturelle et du fait de l’Homme – et les progrès ont souvent été compensés par des revers. Le secteur du tourisme en est une illustration. Avant les deux guerres civiles, l’infrastructure touristique était relativement bonne, aux normes de l’Afrique de l’Ouest, et les recettes du tourisme progressaient d’au moins 10 pourcent par an. Ensuite, la première guerre civile a éclaté, suivie quelques années plus tard par la seconde qui a plongé le pays dans l’abysse, de 1989 à 2003. Les hôtels ont été détruits et les services qui alimentent le tourisme ont été interrompus en même temps que les services de sécurité et autres infrastructures de soutien. Les alternatives étant nombreuses, y compris dans la région, les investisseurs et les touristes ont cessé de considérer le Liberia comme un destination viable où dépenser des dollars gagnés à la sueur de leur front. Ces dernières années, après le conflit, de modestes gains ont été recueillis par le secteur du tourisme, mais ceux-ci ont désormais été balayés par les effets de la crise de l’Ebola.

Quand Ebola a frappé, presque tous les partenaires de l’aide internationale se sont retirés du pays, laissant un maigre effectif sur place ou arrêtant carrément leurs activités, à l’exception de quelques rares organismes de santé nationaux et internationaux. Des centaines de Libériens se sont retrouvés soudain au chômage. Le virus Ebola a été contenu dans le pays grâce à la mobilisation et aux efforts de la communauté internationale et d’acteurs nationaux. Tandis que les efforts de reconstruction sont désormais essentiels pour remettre l’économie sur les rails, le gouvernement a décidé de prendre l’initiative hardie de développer le secteur touristique au Liberia, ce qui demandera de changer l’image de marque du pays. La Présidente a déclaré que le développement de ce secteur était désormais une priorité pour le pays et les ministres du commerce et du tourisme sont en train de mettre sur pied – avec le soutien technique du Centre du commerce international (ITC) basé à Genève – une stratégie touristique pour 2015-2020. La stratégie se focalisera au départ sur quatre segments de niche – le surf, la flore et la faune sauvage, la culture et l’écotourisme. Des initiatives sont en cours pour fonder un Conseil du tourisme, un comité d’exploration du tourisme ayant été institué par le bureau de la Présidente pour mener entre-temps des vérifications préalables.


Les atouts touristiques du Liberia : une abondance de ressources inexplorées
Avec des espèces comme le marlin, le poisson-scie, la baleine et le dauphin, le littoral atlantique du Liberia regorge de ressources maritimes qui représentent d’importants débouchés pour les services touristiques comme la pêche au gros ou les excursions d’observation des dauphins et des baleines. De plus, les 560 kilomètres de littoral se caractérisent par une bande de sable quasiment ininterrompue, des plages inexplorées et des vagues qui valent le déplacement. Depuis quelques années, le surf au Liberia acquiert petit à petit une bonne réputation au sein de la communauté mondiale du surf. De plus, des initiatives locales ont eu un impact relativement notable sur l’emploi des jeunes locaux, la formation et l’offre de programmes de mentorat destinés aux jeunes.

Le Liberia jouit d’un riche capital naturel, au potentiel touristique élevé, notamment deux sites inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO, à savoir la Réserve naturelle intégrale du Mont Nimba et l’ile de la Providence, aussi classée trésor national. Les attractions naturelles du Liberia comptent deux réserves naturelles de forêt, des marécages et des mangroves, et une diversité biologique et paysagère. Le pays est doté d’environ 42 pourcent de la forêt de Haute Guinée, riche en faune et en flore endémiques, qui comprend des « points chaud » de biodiversité comme la réserve naturelle East Nimba et le Parc national Sapo. Ils sont tous les deux peuplés par des oiseaux rares et une grande diversité de mammifères comme les éléphants, les singes, les antilopes, ainsi que l’hippopotame pygmée, le symbole du pays. Toutes sortes de services touristiques pourraient être développés autour de ces sites naturels.

Le Liberia détient aussi des atouts historiques et culturels remarquables. Le pays possède une grande diversité ethnique, religieuse et ethnique. Seize grandes tribus coexistent au Liberia, chacune avec ses propres traditions et croyances. Parmi les sites historiques, l’ile de la Providence est le lieu où les esclaves émancipés venus des États-Unis ont d’abord débarqué et vécu avant de venir s’installer sur le continent.

Selon le Conseil mondial du voyage et du tourisme (WTTC), l’industrie du tourisme a généré dans le monde 2364 milliards US$ en 2014, et ce chiffre devrait progresser de 3,3 pourcent par an jusqu’en 2025. L’Organisation mondiale du tourisme (OMT) estime que le nombre d’arrivées internationales fera plus que doubler en Afrique d’ici à 2030 (de 50 millions à 134 millions de visiteurs). Le tourisme est un fort moteur de l’emploi : le WTTC indique qu’en Afrique subsaharienne, le secteur du tourisme finance directement approximativement 6 millions d’emplois à l’échelle régionale, ce qui représente 2,5 pourcent de l’emploi total. Reconnaissant ce potentiel, les pays africains, notamment les voisins du Liberia comme la Sierra Leone et la Gambie, ont déployé des efforts accrus pour développer le secteur du tourisme.

 
Un récit qui doit changer
Quels sont donc les enseignements et les histoires de réussite que le Liberia peut partager avec les décideurs d’autres pays au profil et aux aspirations similaires ? Plusieurs facteurs doivent être pris en compte.



D’importantes conditions doivent d’abord être réunies

En l’absence d’importants prérequis, le développement du tourisme ne se produira pas. Tout d’abord, la focalisation des politiques publiques sur le tourisme doit perdurer. Une stabilité politique durable doit aussi être assurée. Un environnement sûr et sécurisé pour les touristes est également un « must », tout comme les infrastructures de santé essentielles. Une autre condition préalable consiste à éviter une nouvelle grande crise sanitaire telle que la récente épidémie d’Ebola.


Projets pilotes! (Voir grand, commencer petit, développer en fonction des besoins)

Dans un environnement plein d’inconnues et de risques, choisir une approche fondée sur de petits projets pilotes puis conserver, abandonner ou développer selon les résultats de ces projets pilotes peut s’avérer préférable à investir des ressources considérables dans des domaines incertains. De courts projets pilotes, étalés sur plusieurs mois et assortis d’un cadre solide de suivi et évaluation pour mesurer la réussite, fournissent un mécanisme efficace et rapide de mesure du potentiel véritable dans les domaines techniques. Ainsi, le retour sur investissement de chaque dollar investi dans le développement est plus élevé. Dans la mise en oeuvre de la stratégie touristique du Libera, c’est l’approche qui a été adoptée.

 

La participation des communautés locales au développement du secteur est primordiale

Pour être durable et acceptable, le développement du tourisme doit faire participer les communautés, surtout dans un contexte de post-conflit comme celui du Liberia où les causes à l’origine du conflit sont toujours prêtes à refaire surface. La stratégie libérienne du tourisme est vantée comme feuille de route élaborée « au Liberia, pour les Libériens, par les Libériens ». Deux aspect font l’objet d’une attention particulière : la participation inclusive des communautés locales, notamment par des consultations régionales, et le respect de l’environnement dans toutes les activités de conception et de mise en œuvre des projets. Le gouvernement a insisté sur le fait que les communautés locales doivent rester impliquées et recueillir les bénéfices de toute activité liée au tourisme sur leur territoire.

 

La participation de la jeunesse à la chaine de valeur du tourisme est primordiale

Soixante-dix pourcent de la population du pays étant âgée de moins de 35 ans, le secteur privé a vite compris que la participation des jeunes était une évidence au Liberia. En Afrique, 60 pourcent des chômeurs sont des jeunes, signe inquiétant lorsque l’on sait que la population jeune d’Afrique est supposée doubler d’ici à 2045. Le tourisme est un excellent secteur pour impliquer les jeunes dans des activités économiques productives, et effectivement, ce secteur commence à bénéficier de l’énergie et de l’enthousiasme apporté par ces jeunes. Tout ce qu’il faut, c’est une base solide de compétences et une volonté d’apprendre à se servir des « outils de travail » de façon à constituer un capital humain. Les compétences du secteur touristique sont, de plus, transférables à d’autres secteurs, ce qui crée un effet multiplicateur. Développement de compétences, emploi des jeunes et esprit d’entreprise sont donc les domaines transversaux qui ont été identifiés par le Liberia comme prioritaires.

 

Tout le monde a besoin de réussites

L’un des refrains récurrents des agents touristiques libériens voulait que dans un secteur sous-développé, personne (donateurs, banques, décideurs) ne cherche à faire avancer le tourisme. Certes, et en voici un exemple, seule la Société financière internationale (SFI) maintient un programme d’acquisitions de compétences dans le secteur hospitalier du Liberia, tandis que la majorité des bailleurs traditionnels se focalise sur le développement économique ou les questions humanitaires. En réalité, les tiraillements entre priorités concurrentes ne sont pas prêts de disparaître dans les pays en développement, et les exemples de réussite continueront à guider les priorités des décideurs. Voilà une autre raison plaidant en faveur des projets pilotes pour démarrer des activités dans le secteur du tourisme.

 

Promouvoir la collaboration et la coordination parmi les parties prenantes de la chaine de valeur

Dans les hôtels du Liberia, les brochures touristiques sont la plupart du temps absentes des réceptions, et puisqu’il n’y a que deux tour-opérateurs officiels dans le pays, il n’existe pratiquement aucune collaboration entre les hôtels, les taxis, les points de vente de denrées alimentaires et autres parties prenantes de la chaine de valeur. Privés de choix, les expatriés et les touristes libériens fréquentent donc les mêmes établissements et attractions touristiques. Pour résoudre ce problème, les associations touristiques existantes se sont efforcées d’offrir des « produits » complets tels que des excusions journalières avec accompagnateur pour les touristes seuls ou en groupe. Des initiatives de sensibilisation active des touristes sont aussi en cours pour combler les lacunes d’information et susciter la confiance. Le développement du secteur sera fortement lié à celui d’autres secteurs, comme par exemple le transport (services d’apport), l’hospitalité (écoles de formation pour la gestion hôtelière, les traiteurs, etc.), les objets en bois (artisanat) etc.

 

Acquérir de l’expérience sur le marché le plus proche de vous et partir de là

Les visiteurs qui débarquent d’un vol international à destination de l’aéroport Robertsfield au Liberia sont en général des missionnaires, des employés de l’un des nombreux concessionnaires installés dans le pays ou des membres du personnel des Nations unies ou d’autres organisations internationales (intergouvernementales ou non), plutôt que des touristes typiques. Même avec la récente réduction d’effectifs de la mission des Nations unies au Liberia (MINUL), de nombreux expatriés des Nations unies ou d’ONG restent encore dans le pays. Ils représentent un véritable segment du marché (avec un pouvoir d’achat élevé par habitant) avide de bons produits touristiques. Ensuite, il y a aussi le marché intérieur. Bien que ce segment du marché soit constitué de consommateurs dotés d’un pouvoir d’achat moyen ou peu élevé, c’est une base essentielle sur laquelle les entreprises touristiques peuvent s’appuyer et développer leurs produits. Ce marché ne doit donc pas être négligé.

  
Conclusion

Promouvoir le tourisme au Libéria représente sans doute un défi osé si l’on tient compte des deux guerres civiles de ces dernières années et de l’épidémie d’Ebola qui a ravagé le tissu économique et social du pays. Toutefois, les autorités du pays ont pris des mesures impressionnantes pour développer ce secteur. La prochaine décennie sera décisive et la bataille est loin d’être gagnée, mais le Liberia pourrait bien récolter les fruits de sa résilience par le biais du tourisme.

 

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