ENDACACID


PASSERELLES VOLUME 17, NUMÉRO 7 – SEPTEMBRE 2016


Vinaye Ancharaz

 

La ruée vers l’Afrique des économies émergentes et la réponse des partenaires traditionnels sont tout à l’avantage de l’Afrique. Comment le continent peut-il tirer parti de ses liens croissants avec le Sud pour dynamiser sa diversification industrielle et son développement économique ? 


L’Afrique a connu une transformation majeure de ses relations de développement depuis le début du siècle, s’éloignant de ses partenaires traditionnels (l’UE et les États-Unis) pour se rapprocher des économies émergentes – un large éventail de partenaires du Sud, dont notamment les économies dites « BRIC » (Brésil, Russie, Inde et Chine). Ce déplacement vers l’est du « centre de gravité » a suscité un volume croissant d’études et d’analyses sur l’engagement des économies émergentes en Afrique, dont une grande partie se concentre sur la Chine. En référence à Jenkins et Edwards[1], il est devenu traditionnel d’analyser les relations de l’Afrique avec ses partenaires émergents en termes de trois vecteurs d’influence, à savoir le commerce, l’investissement et l’aide.
 

Quelle est l’ampleur des liens entre les économies émergentes et l’Afrique?

Commerce

Le développement du commerce Sud-Sud ne constitue pas une simple tendance sans importance, compte-tenu de la rapidité et de l’intensité à laquelle il s’est produit et de sa capacité à changer de façon irréversible la dynamique du commerce international. Certains critiques soutiennent que le développement du commerce entre pays en développement est principalement le fait de la Chine. Il est vrai qu’à elle seule, la Chine représente plus de 70 pourcent des gains de part de marché des économies en développement – au sein des pays développés comme en développement – au cours des années 2000, et le géant asiatique est désormais la seconde destination des exportations africaines après l’UE. Certaines données récentes montrent qu’une augmentation d’un point de pourcentage de l’investissement intérieur en Chine s’accompagne d’une augmentation de 0,6 point de pourcentage de la croissance des exportations en provenance d’Afrique[2].

Toutefois, plusieurs autres économies émergentes – et notamment le Brésil, l’Inde, la Corée, la Turquie et les Émirats arabes unis – sont également devenus d’importants partenaires commerciaux de l’Afrique. Les pays en développement représentaient dans leur ensemble 56 pourcent des exportations africaines en 2013, contre 51 pourcent en 2000. La part des exportations des pays du groupe BRIC enregistre la plus forte augmentation sur la période, de 8 à 28 pourcent. La Chine représente à elle seule deux tiers des exportations africaines vers les BRIC. L’Inde a dépassé les États-Unis pour devenir la troisième destination des exportations africaines.

Les économies émergentes sont également devenues d’importants fournisseurs de l’Afrique, le groupe BRIC représentant à lui seul 27 pourcent des importations du continent en 2013. Les exportations chinoises vers l’Afrique ont passé la barre des 100 milliards US$ en 2014 suite à leur croissance régulière depuis 2009. L’Inde talonne les États-Unis, dont les exportations vers l’Afrique progressent lentement ces dernières années. Sur la base des tendances actuelles, les États-Unis devraient bientôt céder leur place à l’Inde. Cependant, même si la part croissante du commerce Sud-Sud continue d’empiéter sur la part des partenaires traditionnels en Afrique, l’UE reste de loin le principal partenaire commercial de l’Afrique et la conclusion récente d’Accords de partenariat économique pourrait venir renforcer cette position à l’avenir.
 

Figure 1 : principales destinations des exportations africaines, 2000 et 2013

 

Source : UN Comtrade
 

Investissement

Les flux d’investissement direct à l’étranger (IDE) en direction de l’Afrique ont été quasiment multipliés par six, passant de 9,6 milliards US$ en 2000 à 54 milliards US$ en 2014. Bien que ces dernières années, l’IDE en direction du continent ait semblé se stabiliser après le rebond qui avait suivi son point bas de 2010 (figure 2), les investissements « greenfield » destinés à des projets entièrement nouveaux ont continué d’augmenter, atteignant 87 milliards US$, alors que les flux d’IDE connaissent une croissance atone à l’échelle mondiale. Une grande partie de ces investissements visent les marchés de consommation, les multinationales souhaitant s’octroyer une part du gâteau de la classe moyenne émergente de l’Afrique dans des secteurs tels que l’immobilier ou les communications[3].

 

Figure 2 : les flux d’IDE à destination de l’Afrique, 2000-2014

 

Source : base de données IED/STN de la CNUCED
 

Une part importante de cet IDE est axée sur la quête de ressources : en 2014, 38 pourcent des flux visaient les secteurs du charbon, du pétrole et du gaz naturel. Dans le même temps, les projets d’IDE annoncés dans le secteur manufacturier ont vu leur montant doubler par rapport à l’année précédente, avec des investissements significatifs dans le secteur des boissons et produits alimentaires ainsi que dans le textile et l’habillement. Tiré principalement par les services financier et la construction, le secteur des services continue d’attirer la plus grande part des flux d’IDE, représentant 42,5 pourcent de l’IDE greenfield en 2014 et 48 pourcent des stocks intérieurs d’IDE de l’Afrique en 2012. Les services aux entreprises, ainsi que les transports et les communications, ont malheureusement enregistré une forte baisse des nouveaux investissements en 2014[4].

Les activités d’investissement des partenaires émergents en Afrique suscitent de nombreuses questions, ainsi que des controverses. Ces interrogations s’expliquent probablement par le manque de transparence des projets d’IDE, alimenté par les pratiques opaques de la Chine en sa qualité d’investisseur majeur au sein du continent. À ce jour, l’insuffisance des données et le caractère fragmentaire des informations empêchent d’analyser les impacts de ces investissements en termes de développement.

Toute l’agitation qui entoure l’investissement chinois en Afrique est sans doute exagérée, pour plusieurs raisons. En premier lieu, la Chine reste loin derrière les principaux investisseurs en Afrique. Bien que les investissements greenfield de la Chine aient atteint 6,1 milliards US$ en 2014, plaçant le pays au troisième rang des investisseurs, cette performance était quelque peu exceptionnelle sachant que son IDE de l’année précédente atteignait à peine 289 millions US$. Estimé à 655,3 milliards US$ à fin 2013, le stock d’IDE donne une vision plus précise de la situation. Arrivée relativement tardivement, la Chine ne représente que 7,3 pourcent de ce stock. La part des économies BRIC s’élève à 17,6 pourcent, avec notamment 10 pourcent pour l’Inde. L’IDE brésilien est faible et n’a que peu augmenté ces dernières années, en raison notamment de la cession d’actifs. L’activité d’investissement de la Russie est négligeable.

En second lieu, l’investissement chinois en Afrique est souvent perçu comme étant essentiellement concentré dans les secteurs du pétrole et des minerais. Une étude de 2011 du FMI montrait pourtant que les projets miniers ne représentaient que 29 pourcent des flux d’IDE chinois. Les projets d’investissements de plus petite taille, et ceux qui ne nécessitent pas la bénédiction des autorités chinoises, ne sont souvent pas répertoriés, ce qui laisse à penser que d’importantes opportunités d’investissement existent en dehors du secteur extractif. Les statistiques récentes montrent toutefois que les investissements chinois non miniers sont particulièrement sensibles aux aléas économiques du pays.

De plus, les critiques confondent souvent les investissements d’aide aux infrastructures avec l’IDE proprement dit, ce qui conduit à des analyses erronées et des critiques sans fondement. Cette confusion provient d’une définition imprécise de l’investissement, qui ne fait pas la distinction entre le financement d’une part, et la propriété et le contrôle d’autre part. La caractéristique spécifique de l’IDE est qu’il procure à l’investisseur un certain degré de contrôle sur la gestion et les revenus des projets concernés. Les soi-disant « investissements » chinois dans des projets d’axes routiers, de voies ferrées ou de ports en Afrique ne confèrent aucun droit de propriété à la Chine, qui ne fait que financer ces investissements sans en avoir le contrôle.

Comme nous l’évoquons plus bas, l’investissement en provenance de Chine et d’autres économies émergentes en Afrique peut grandement contribuer au développement des capacités productives et au transfert de connaissances en faveur des entreprises locales, ce qui devrait en fin de compte dynamiser le commerce, que ce soit au niveau régional ou international.

Aide au développement

L’aide au développement forme le troisième canal d’engagement des partenaires émergents en Afrique. En parallèle du commerce et de l’investissement, les flux d’aide vers l’Afrique en provenance du Sud se sont considérablement développés. Mais sachant que cette aide ne relève pas du cadre du Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE, elle s’avère difficile à mesurer avec précision. La question se pose également de savoir si l’aide du Sud constitue une aide au sens traditionnel du terme. S’il est courant d’y faire référence sous ce terme de façon générique, une grande partie de l’assistance financière accordée par les économies émergentes à leurs partenaires africains pourrait ne pas respecter le seuil minimum de 25 pourcent de don non remboursable pour être officiellement considérée comme de l’aide. Il est indéniable que l’assistance technique, le renforcement des capacités ou les bourses d’études constituent de l’aide au sens habituel du terme. Mais il n’est pas possible d’en dire autant de l’aide financière.

Il s’avère qu’une partie significative des flux d’aide financière vers l’Afrique en provenance des économies émergentes prend la forme de lignes de crédit et autres prêts aux conditions de marché, qui ne constituent pas de l’aide à proprement parler. La Chine comme l’Inde ont accordé des montants importants de financement sous cette forme. Dans le cadre du premier sommet du Forum Inde-Afrique, l’Inde a par exemple offert des lignes de crédit à hauteur de 7,4 milliards US$ à 41 pays africains. La Chine a eu recours à tout un éventail ingénieux d’instruments de financement alternatifs, comprenant des crédits à l’exportation, des prêts adossés à des ressources naturelles et des crédits mixtes (associant prêts aux conditions du marché et prêts à des conditions préférentielles), qui échappent à toute tentative de mesure de la partie aide.

Il serait toutefois faux d’affirmer que l’aide des partenaires émergents destinée à l’Afrique se limite à des prêts, assortis ou non de conditions préférentielles. L’aide chinoise couvre par exemple huit catégories, comprenant la coopération technique, l’assistance médicale, l’aide humanitaire et l’allègement de la dette[5], mais celles-ci sont souvent occultées par les opérations financières de plus grande envergure car elles sont difficiles à répertorier sous forme statistique. Lorsque les données existent, l’ampleur de l’aide est significative. À fin 2009 par exemple, la Chine avait fourni une aide totale cumulée de 37,7 milliards US$ à l’échelle mondiale, dont 15,6 milliards USà (41,4 pourcent) sous forme de dons, 11,25 milliards US$ sous forme de prêts sans intérêts, et 10,8 milliards US$ sous forme de prêts à des conditions préférentielles[6].

Dans d’autres cas, les données ne sont pas facilement accessibles, mais cela ne signifie pas que l’aide est moins significative. Lors du sommet des Nations Unies sur le développement durable de septembre 2015, la promesse de la Chine de mettre en place un fonds de 2 milliards US$ en vue d’aider les pays pauvres dans les domaines de l’éducation, de la santé et du développement économique avait suscité une attention considérable. Le premier ministre chinois avait également promis d’annuler des échéances de prêts dues en 2015 par les pays les moins avancés (PMA) et les petites économies insulaires, à hauteur d’un montant non divulgué. Cette offre d’allègement de la dette est d’une importance cruciale pour un certain nombre de pays pauvres criblés de dettes, mais le fait qu’aucun montant n’ait été annoncé l’a rendue moins visible dans les médias.

Une différence essentielle entre l’aide des partenaires traditionnels et celle des partenaires émergents de l’Afrique est sa destination. Si des pans importants de l’aide en provenance des partenaires traditionnels sont destinés aux secteurs sociaux et productifs, l’aide en provenance des économies émergentes vise spécifiquement les projets d’infrastructures. En raison de la visibilité et de l’importance de ces projets de grande envergure, les dirigeants ont fait bon accueil à l’aide de leurs partenaires du Sud, donnant l’impression que cette aide est plus « efficace » que l’aide publique au développement (APD) des pays développés.

Un certain nombre de critiques, notamment dans la presse, soutiennent que l’engagement économique des partenaires du Sud en Afrique est caractérisé par une grande opacité qui pourrait nuire à la bonne gouvernance du continent. Cela s’explique notamment par le fait que les opérations financières entre les économies émergentes et l’Afrique ne sont pas surveillées d’aussi près que l’APD des pays de l’OCDE. L’absence de conditionnalité sur les prêts, tout comme la popularité croissante des opérations « pétrole contre infrastructures » – rendues célèbres par l’Angola, bien que ce modèle soit plus largement répandu –, ont également joué un rôle. La Chine a été plus particulièrement pointée du doigt par les partenaires traditionnels en raison de l’essor de ses relations avec les pays africains riches en ressources. Bien que lesdonnées ne confirment pas ce point de vue, la montée en puissance de la Chine en Afrique continuera de susciter l’attention pendant encore de nombreuses années.
 

Impact sur le développement économique de l’Afrique

Chacun des trois vecteurs d’influence évoqués ci-dessus est susceptible d’avoir un impact significatif sur le développement économique de l’Afrique.

Commerce

Le commerce de l’Afrique avec le Sud est plutôt tourné vers l’exportation de matières premières tandis que les exportations intra-africaines affichent une plus grande concentration de produits manufacturés. La question de savoir si cela reflète une tendance de fond ou une causalité reste à éclaircir. Cet état de fait est peut-être symptomatique d’un phénomène de spécialisation régionale résultant de différences dans la demande. Mais quelle que soit la raison de cette corrélation, le maintien dans le temps de cette tendance pourrait s’avérer une bénédiction pour l’industrialisation de l’Afrique : à mesure que le commerce du continent se développe avec le Sud, son commerce régional de produits manufacturés pourrait bien en faire de même.

À la suite de la conférence ministérielle de l’OMC de 2005, une importante évolution a été l’offre de préférences commerciales aux PMA par certaines économies émergentes. L’Inde a lancé son premier régime de préférences tarifaires en août 2008 et en a publié une version révisée en avril 2014. Le régime actuel accorde des taux préférentiels sur 98 pourcent des lignes tarifaires indiennes, y compris sur un certain nombre de produits d’exportation revêtant un intérêt particulier pour les PMA africains. Une séries d’études par pays réalisée par l’ICTSD montre que le régime initial a eu un impact limité sur les exportations africaines, en raison principalement de sa méconnaissance par les exportateurs et de l’exclusion de produits importants. Le nouveau régime et une volonté accrue de la part du gouvernement indien d’en faire la promotion devraient, en principe, répondre à ces lacunes

La Chine a également mis en place un régime préférentiel en 2010, accordant initialement une franchise de droits sur 60 pourcent de ses lignes tarifaires, avec le projet d’augmenter cette proportion à 97 pourcent. Lors du Sommet Asie-Afrique d’avril 2015, la Chine a annoncé que sa promesse d’un régime en franchise de droits et sans contingent serait réalisée d’ici la fin de l’année. En dehors de la Chine, de l’Inde et de la Corée, aucune autre économie émergente n’a proposé des préférences commerciales significatives aux PMA. Le Brésil subit actuellement des pressions pour suivre l’exemple donné par ses partenaires du groupe BRIC, mais ses déboires économiques au niveau national rendent cette perspective peu probable pour le moment.

Enfin, il est souvent considéré que les importations de biens d’équipement et de produits à forte intensité technologique peuvent faciliter le transfert de technologies du pays exportateur vers le pays importateur et ses entreprises. Les statistiques montrent que les importations africaines en provenance des économies émergentes, et notamment de Chine et d’Inde, concernent principalement des produits manufacturés tels que des véhicules à moteur, des machines et des équipements. Dans la mesure où ces produits peuvent être achetés à moindre coût auprès des pays du Sud, les pays africains peuvent se permettre d’en importer plus, augmentant ainsi leur capacité productive et donc en fin de compte leurs échanges commerciaux.

Investissement

L’investissement étranger peut contribuer au développement des capacités productives nationales, que ce soit directement ou par le biais de transferts de connaissance. Lorsque l’IDE est axé sur l’exportation, son impact sur les exportations, l’emploi et la croissance économique peut s’avérer significatif, comme l’illustre la récente expérience de l’Éthiopie.

L’investissement à l’étranger de la Chine devrait augmenter avec la quête par les industries chinoises à forte intensité de main d’œuvre de sites de production moins chers à l’étranger. Certains pays africains, comme par exemple l’Éthiopie, accueillent déjà des vagues significatives d’IDE alors que la Chine réalise la première phase de son programme de construction de neuf zones économiques spéciales dans sept pays[7]. Ces zones industrielles sont conçues pour réussir là où les précédentes tentatives africaines avaient échoué. Bien que les retombées de telles zones en termes de développement pour les économies d’accueil puissent prêter à discussion, si elles arrivent à générer des retombées technologiques, à cultiver des liens en amont ou en aval avec le pays d’accueil ou d’autres économies régionales ou à stimuler les exportations régionales, leur impact sur le développement africain pourrait être significatif.

Certaines données en provenance d’Afrique semblent indiquer que les investissements des partenaires du Sud au sein du continent soutiennent le développement des capacités productives locales et des chaînes de valeur régionales. Par exemple, une société textile taïwanaise implantée au Lesotho achète 95 pourcent de son coton en Afrique australe et produit tous ses emballages dans la région. Les entreprises chinoises installées en Éthiopie cultivent une partie du coton dont elles ont besoin directement dans le pays.

Les investissements indiens en Afrique peuvent apporter un avantage supplémentaire aux entreprises africaines, car l’Inde a la réputation de transférer des technologies et du savoir-faire de pointe dans les pays d’accueil. Un certain nombre de sociétés indiennes – dans des secteurs tels que la pharmacie, l’automobile, les télécommunications, l’informatique ou l’électricité – sont déjà en train d’exploiter des opportunités commerciales en Afrique. Le troisième Sommet Inde-Afrique, qui s’est déroulé en octobre 2015, a promis de dynamiser les relations entre les deux parties.

Aide

Un grand nombre d’études se sont récemment intéressées aux impacts de l’aide, et plus particulièrement de l’aide pour le commerce (APC), sur le développement. Les données sont au mieux mitigées. Ancharaz, Ghisu et Bellmann soutiennent que la meilleure manière de mesurer l’efficacité de l’aide consiste à le faire au niveau des projets[8]. Dans le cadre de cette approche, et en s’appuyant sur une série d’études de cas pays par pays, ils concluent que l’APC répond généralement à ses objectifs lorsque certaines conditions – rappelant les principes de Paris sur l’efficacité de l’aide – sont réunies.

Il est plus difficile de mettre en évidence l’impact des flux d’APC en provenance des économies émergentes sur la croissance des exportations africaines. Cela peut s’expliquer par des problèmes de données et par la définition de l’APC. Toutefois, lorsque le financement des infrastructures, qu’elles soient matérielles ou immatérielles, comprend une aide partielle, il n’est pas difficile de voir que cette aide peut faciliter les échanges intra-africains et le développement en réduisant le coût du commerce transfrontalier. Dans d’autres domaines, comme par exemple l’assistance technique ou la collaboration technologique, l’aide est également susceptible de renforcer les capacités productives et la compétitivité commerciale à long terme.
 

Tirer parti de l’engagement des partenaires émergents pour stimuler le développement

Les pays africains peuvent prendre un certain nombre de mesures concrètes pour exploiter au mieux leur partenariat naissant avec les économies émergentes. Premièrement, si l’Inde et la Chine disposent de structures institutionnelles dédiées pour dialoguer avec leurs partenaires africains, l’Afrique manque de structures équivalentes. Cette lacune pourrait être comblée par un simple élargissement du rôle de la Commission de l’Union africaine (CUA). La CUA pourrait par exemple travailler avec les économies émergentes pour promouvoir plus largement leurs régimes de préférences commerciales tout en militant pour des mesures non tarifaires moins restrictives.

Un mécanisme de même nature pourrait aider à rationaliser les accords d’investissement entre l’Afrique et les économies émergentes. Ceci permettrait d’éviter un nivellement par le bas alors que les pays africains, désireux d’attirer les investissements de toute taille et de toute nature, se précipitent pour offrir les concessions les plus généreuses, avec des coûts d’opportunité significatifs pour les gouvernements. Enfin, une institution panafricaine liée à l’UA qui s’occuperait des relations de l’Afrique avec les économies émergentes (ainsi qu’avec les partenaires traditionnels) en matière d’aide permettrait certainement de garantir que cette assistance ait un impact plus important sur le développement de l’Afrique.

Deuxièmement, les pays africains ont la possibilité de prendre un certain nombre de mesures, que ce soit individuellement ou au niveau régional, pour tirer le meilleur parti de leurs partenariats avec des économies émergentes. Ils doivent réformer en permanence leurs régimes d’investissement, améliorer l’environnement local des affaires et offrir des conditions qui améliorent l’efficacité, comme par exemple une main d’œuvre formée, des infrastructures et des solutions logistiques. Les économies africaines doivent en outre s’assurer que les flux d’IDE se dirigent vers des secteurs offrant un réel potentiel de développement industriel. Les secteurs les plus prometteurs comprennent notamment les activités agro-alimentaires, le textile et l’industrie légère. Malheureusement, la tendance récente à louer d’importantes parcelles de terres agricoles à des investisseurs étrangers n’apporte pas une grande valeur économique aux pays d’accueil. Ces pays doivent négocier de meilleures conditions avec leurs partenaires, en réclamant un contenu local plus important, des liens avec l’économie nationale et des transferts de technologie.

Troisièmement, il existe un besoin crucial de transparence pour garantir que la prospérité économique soit partagée aussi largement que possible. Dans un certain nombre de pays riches en ressources, certaines opérations ont été conclues avec des économies émergentes (notamment la Chine, mais pas seulement) dans des conditions opaques. Même dans un pays comme Maurice, qui se targue d’une solide tradition démocratique, les conditions auxquelles le projet chinois Jin Fei a été accordé relèvent du secret d’État. Une façon d’y parvenir serait que tous les pays africains signent l'Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE), et qu’une institution panafricaine telle que la CUA surveille cet engagement.

Enfin, les économies africaines ont la possibilité d’exploiter le financement du développement offert par les économies émergentes. Si des montants significatifs de financement se sont déjà dirigés vers les pays africains, que ce soit sous forme de lignes de crédit ou de prêt à conditions préférentielles, la plus grande partie d’entre eux concerne des projets d’infrastructures nationales. Le financement d’infrastructures régionales reste limité. Il faut espérer que la Nouvelle banque de développement, dont les premiers prêts ont été annoncés en avril 2016, aidera à combler l’énorme déficit en infrastructures de l’Afrique, que ce soit au niveau de chaque pays ou des groupes de partenaires régionaux.


 Auteur : Vinaye Ancharaz, Consultant  indépendant, Maurice.


[1] Jenkins, R. et Edwards, C. (2005), The Effect of China and India’s Growth and Trade Liberalisation on Poverty in Africa, Institute for Development Studies, Londres.

[2] Drummond, P. et E. Xue Liu (2013), « Africa’s Rising Exposure to China: How Large are the Spillovers Through Trade? », document de travail du FMI WP/13/250, novembre 2013.

[3] Mubila, M. et ben Aissa, M.-S. (2011), « The Middle of the Pyramid: Dynamics of the Middle Class in Africa », note de marché de la BAD, 20 avril 2011, Banque africaine de développement.

[4] CNUCED (2015), Rapport 2015 sur l’investissement dans le monde: réformer la gouvernance de l’investissement mondial, Nations Unies.

[5] Sun, Y. (2014), Africa in China’s Foreign Policy, Brookings, Washington, D.C.

[6] Brautigam, D. (2011), « Chinese Development Aid in Africa: What, Where, Why, and How Much? » dans J. Golley & L. Song, éditeurs, Rising China: Global Challenges and Opportunities, Canberra: Australia National University Press, 2011, pp. 203-223.

[7] Brautigam, D. et T. Xiaoyang (2011), « African Shenzhen: China’s special economic zones in Africa »,Journal of Modern African Studies, 49 (1): 27-54

[8] Ancharaz, V., P. Ghisu and C. Bellmann (2013), « Assessing the effectiveness of Aid for Trade: Lessons from the ground », Bridges Africa 2 (4), juillet 2013

 

 

 

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