ENDACACID

 

 

 


Cheikh Tidiane Dieye 


 

 

 

Les premiers jalons du développement des énergies renouvelables en Afrique de l’Ouest ont déjà été posés, notamment par le biais d’une politique régionale en la matière. Quels sont les défis que les pays ouest-africains doivent encore surmonter dans ce domaine ?
 

 

En dépit de leurs importantes ressources énergétiques et des possibilités qu’elles offrent, les pays de l'Afrique de l'Ouest affichent un réel paradoxe. Ils font face, à quelques exceptions près, aux mêmes défis en matière énergétique. Ces défis, qui entravent considérablement le développement économique, industriel et les progrès sociaux de la région, sont liés à la fois à l'accès à l’énergie et à la sécurité énergétique. Le coût de l'énergie, autant que sa disponibilité, constituent un problème. En l'absence d'un véritable marché régional de l'énergie, chaque pays doit faire face, souvent seul, à ses propres défis énergétiques nés de la faiblesse des capacités productives et de la vétusté des infrastructures.

 

L'accès à l'énergie est inégalement réparti dans l'espace régional. Cet accès est très limité en zone rurale, alors que les villes font face à des pénuries récurrentes qui affectent durablement les possibilités de développement de ces pays. En 2015, moins de 30 pourcent de la population ouest-africaine avait directement accès à l'électricité, mais cette proportion n'était que de 6 pourcent en milieu rural, dans une région où les quinze pays totalisent une population de plus de 300 millions de personnes.

 

La demande régionale en énergie devrait augmenter dans les années à venir. On s’attend à un accroissement de celle-ci à un rythme d’environ 7,6 pourcent jusqu’en 2020. Elle devrait dépasser 22.000 mégawatts à cette date, au moment où la population de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) devrait atteindre 380 millions, rendant la problématique énergétique encore plus aiguë si rien n’est fait pour y remédier[1].
 

 

Un basculement conscient vers les énergies renouvelables

 

Le basculement progressif vers un mix énergétique plus diversifié et l'accélération du développement des énergies renouvelables est un choix conscient. Les efforts consentis par les États de l'Afrique de l'Ouest pour assurer cette transition vers les énergies renouvelables ne découlent pas d'un simple effet de mode. Ils s'expliquent par la prise de conscience des effets pervers engendrés par les modes de production et de consommation d'énergie utilisés jusqu'ici, mais aussi des importants atouts de ces énergies pour le développement économique et social.

 

Les avantages de la transition vers les énergies renouvelables sont réels. Outre les effets évidents sur la réduction des émissions, les énergies renouvelables peuvent contribuer de manière significative à l’amélioration de la sécurité énergétique, aussi bien pour les ménages que pour les entreprises, et stimuler les activités économiques en milieu urbain comme dans le monde rural.

 

En Afrique de l'Ouest comme dans d’autres régions du continent africain, les énergies renouvelables englobent une vaste gamme de ressources énergétiques très diverses, qui vont de la biomasse à l'énergie solaire et marine, en passant par l'énergie hydraulique, géothermique et éolienne, entre autres.

 

Le potentiel régional est considérable sur l'ensemble de ces sources d'énergie. Le potentiel éolien est concentré dans les zones côtières (Cap-Vert, Gambie, Sénégal et éventuellement Ghana, Mali et Nigéria). Le solaire est tout aussi important. Certains pays comme le Burkina Faso, le Niger et le Nord du Ghana et du Nigéria sont considérablement dotés. On peut en dire autant du potentiel hydroélectrique qui peut connaitre un développement intéressant dans certains pays comme la Côte d’Ivoire, le Ghana, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Liberia, le Togo et la Sierra Leone. Il existe déjà d'intéressantes expériences en Afrique de l'Ouest depuis quelques années, notamment l'exploitation des barrages hydroélectriques de Diama et Manantali, qui fournissent de l'électricité aux pays membres de l'Organisation de Mise en Valeur du Fleuve Sénégal (OMVS) que sont la Guinée, le Mali, la Mauritanie et le Sénégal.

 

La biomasse est aussi une source intéressante pour l'Afrique de l'Ouest. En dehors de quelques pays sahéliens (Burkina Faso, Niger, Mali, etc.) et insulaire (Cap Vert), les ressources en matière de biomasse sont généralement bien réparties dans la région. Elles concerne une gamme de produits et de sous-produits comme les sous-produits agricoles, les sous-produits agro-industriels, tels que la balle de riz, les coques de coton, les coques d’arachides et de cajous, la sciure de bois, le fumier, etc[2].

 

D'après la CEDEAO, près de 54 pourcent de l’approvisionnement énergétique des pays d’Afrique de l’Ouest pourrait être basé sur des énergies renouvelables en 2030[3]. C'est la prise de conscience de l'importance de ces ressources énergétiques qui a sans doute amené les États membres de la CEDEAO à élaborer une Politique régionale en matière d'énergie renouvelable (PERC). Cette politique vise à garantir une utilisation accrue des énergies renouvelables pour alimenter le réseau et pour assurer l’accès aux services énergétiques dans les zones rurales.

 

La PERC ne vise pas à substituer les énergies renouvelables aux énergies conventionnelles, mais à les compléter. Cette politique régionale se concentre essentiellement sur le secteur de l’électricité, mais elle envisage également d’autres questions, parmi lesquelles les usages thermiques dans le secteur de l’énergie domestique et la production potentielle de biocarburants. Si elle atteint ses objectifs, la CEDEAO devrait parvenir à assurer un accès universel à l’électricité d’ici 2030 et garantir un approvisionnement plus sûr et plus durable en énergie domestique de cuisson d'ici 2020. La mise en œuvre de la politique est confiée au Centre de la CEDEAO pour les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique (CEREEC).
 

 

Lever les contraintes qui entravent le développement des énergies renouvelables

 

Si l'accès à la technologie et les coûts ont été pendant longtemps une contrainte qui a freiné le développement des énergies renouvelables dans les pays de l'Afrique de l'Ouest, celle-ci est partiellement levée en raison d'une baisse drastique du prix de la technologie solaire, pour ne citer que cette dernière. En 2014 déjà, on estimait que le prix de cette technologie avait chuté de 80 pourcent[4].

 

Cependant, ce développement reste encore contraint par une panoplie de défis qui vont de la faiblesse des cadres institutionnels à la faiblesse, voire l'inexistence, des mécanismes de régulation. En général, les responsables de la mise en œuvre des politiques en matière d’énergies renouvelables ne sont pas clairement désignés. Seuls quelques pays ont des agences spécifiquement dédiées à la promotion, au développement et à la régulation des énergies renouvelables.

 

Dans certains autres, la responsabilité dans ce domaine incombe au ministère de l’énergie qui prend en charge la gestion et le développement de toutes les sources énergétiques. Le Sénégal, par exemple, avait créé un ministère en charge des énergies renouvelables avant de la supprimer. D'autres pays ont mis en place des directions, des agences ou des départements distincts, mais qui globalement manquent de moyens techniques, humains et financiers pour accomplir leurs missions.

 

Un autre défi concerne la faiblesse des mécanismes de régulation du secteur. En règle générale, il n'existe pas des structures de régulation avec des compétences dans le domaine des énergies renouvelables, à l'exception du Cap-Vert, du Ghana et du Nigéria. Le Ghana et le Sénégal ont adopté des lois en faveur des énergies renouvelables et des systèmes de tarifs d’achat sont en cours d’élaboration.

 

Comme on peut donc le constater, non seulement il existe une volonté politique ferme pour développer les énergies renouvelables afin d'en faire un levier du progrès social et de la transformation structurelle des économies ouest-africaines, mais des actes sont entrain d'être posés à l'échelle de la région et des États pour promouvoir ces énergies. L'une des qualités essentielles des énergies renouvelables, notamment dans le cas de l’énergie solaire, c'est qu'elles peuvent être développées à hauteur d'homme, dans tous les villages, sans avoir besoin d'infrastructures sophistiquées. Il suffit en effet de quelques panneaux photovoltaïques dans un village pour faire fonctionner les radio et télévisions, charger les téléphones portables, éclairer les cases de santé et les salles de classe, enfin conserver les aliments et faire couler l'eau des forages. Or ces activités sont celles qui relient les africains entre eux et les connectent au reste du monde.

 

C'est en cela que ces sources d'énergie contribuent, plus que toute autre source dans le passé, à la révolution énergétique de l'Afrique.

 


Auteur : Cheikh Tidiane Dieye, Directeur exécutif du Centre africain pour le commerce, l’intégration et le développement (Enda Cacid).

 


[1] Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest, « Document du Programme Communautaire de Développement (PDC) », 2015.

[2] Centre régional pour les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique, Instituto tecnológico de Canarias, et Casa África, « Les énergies renouvelables en Afrique de l'Ouest: état des lieux, expériences et tendances », 2012.

[3] Ibid.

[4] Sarr, Sécou. « Développer les énergies renouvelables, la priorité pour l'Afrique ! », Jeune Afrique, 17 septembre 2014.

 

 

 

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