ENDACACID

Vingt ans après la conférence de Rio de 1992, la communauté internationale s’est de nouveau rencontrée afin de tenter d’apporter des réponses aux défis majeurs de développement. Ce Sommet communément appelé Rio+20, a été l’occasion de discuter du concept d’économie verte qui suscite un large débat à la fois idéologique et sémantique.

En 2002, le « Sommet mondial sur le développement durable » de Johannesburg organisé par les Nations Unies, a pris des décisions dans le sens du développement durable, entre autres, sur l’eau, l’énergie, la santé, l’agriculture et la diversité biologique mais aussi sur  le renforcement des partenariats entre le Nord et le Sud et entre les secteurs publics et privés. Ce sommet s’est inscrit dans une trajectoire de lutte contre la pauvreté consacrée, deux années plus tôt (2000), par l’adoption aux Nations Unies des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD).

Mais, comme le note l’Institut du Développement Durable et des Relations Internationales (IDDRI) dans son rapport de 2010, la gouvernance du développement durable a subi des transformations profondes au cours de la dernière décennie, marquées à la fois par la large diffusion du concept de développement durable dans les discours mais aussi par les résultats insatisfaisants, sinon décevants des vingt dernières années.

Parallèlement, et suite aux crises financières des années 90, le G8 s’agrandit en G20 (19 pays[1] +UE) en 1999. Ce groupe a un « poids » important puisqu’il représente 85 pour cent du commerce mondial, les deux tiers de la population mondiale et plus de 90 pour cent du produit mondial brut. Cependant, celui-ci reste totalement informel !

On perçoit aisément le flou existant dans la gouvernance du développement durable puisqu’un des piliers, l’économie, échappe totalement à sa gouvernance institutionnelle, ce qui, par suite, rétroagit sur les autres piliers, en particulier le social.

Toutefois, les Nations Unies ont annoncé début 2012 que « Le sommet mettra l’accent sur deux thèmes spécifiques: une économie verte dans le contexte de l’éradication de la pauvreté et le développement durable, et une structure institutionnelle qui favorise le développement durable ».

Une économie verte sans gouvernance précise ?
La définition de ces deux thèmes pose d’emblée problème. La notion « d’économie verte » émerge du développement durable. L’expérience des cinquante dernières années doit conduire à une certaine prudence sur l’appropriation de nouvelles notions : croissance économique, écodéveloppement, croissance zéro, ajustement structurel, objectifs du millénaire, développement durable. Les changements d’appellation sont-ils des changements de paradigme pour des politiques identiques ? La séparation qui est proposée entre l’économie verte et la gouvernance du développement durable (structure institutionnelle) perdure et renforce une vision de la société désarticulée entre les acteurs, c’est-à-dire les populations, et ceux qui décident des règles et des modes de fonctionnement de la société.

Or, face aux processus de mondialisation se pose, avec une grande acuité, le problème de la gouvernance mondiale pour l’économie, le commerce, le monétaire et financier, l’environnement, et disons, par extension, tous les biens collectifs mondiaux. Même s’il existe un consensus sur deux défis majeurs - l’éradication de la pauvreté et la sauvegarde de la planète – la diversité des formes de capitalisme actuel (avec plus ou moins d’Etat ou de marché) engendre des dérégulations en chaînes matérialisées par les effets  des diverses crises mondiales (financières, des matières premières, de l’immobilier ou du foncier). Les réponses obtenues jusqu-alors par rapport aux défis sont très en deçà des objectifs fixés. Le bilan dressé par les Nations Unies, cinq ans avant l’échéance des Objectifs du Millénaire (OMD), est très mitigé. Il est peu probable que l’ensemble des objectifs soit atteint. Il en est de même de la sauvegarde de la planète pour laquelle le délai des négociations pour un accord post 2012 sur le « Climat » conduit à des choix d’objectifs de réchauffement climatique très au-dessus des recommandations de la communauté scientifique, si l’on veut effectivement lutter contre le réchauffement de la planète.

Les limites du marché, en tant que mécanisme de régulation sont maintenant admises, c’est ce que l’on appelle la crise de la régulation « libérale ». La question des mécanismes d’une nouvelle régulation se trouve ainsi posée. C’est le retour du débat marché/Etat mais au niveau international. Quelle institution peut alors jouer ce rôle de régulateur au niveau mondial ? Des réponses partielles sont données lors des Conventions sur l’environnement, en particulier celles sur le climat. Mais au niveau global, la réponse de la communauté internationale est, depuis plusieurs décennies, constituée par les divers « G  » : G6, G7 puis G8. Cette « Diplomatie de connivence[2] », constituait jusqu’à peu le mécanisme ultime de la régulation mondiale basé principalement sur la primauté des pays développés qui convenaient « entre eux » des arrangements sous le vocable  d’une « meilleure » régulation mondiale et ce, sans se soucier des intérêts des autres pays. Ces comités de pilotage rigides n’ont cependant pu continuer ainsi face à la montée des pays émergents comme la Chine, le Brésil, l’Inde ou l’Afrique du sud. La création du G20 répond aux contestations de plus en plus marquées sur bon nombre de problèmes entre les pays industrialisés et les pays émergents qui ne partagent pas le même sens des responsabilités au niveau mondial. Quoiqu’il en soit, ce système oligarchique actuel n’est pas durable !

Renforcer la gouvernance inclusive du développement durable
C’est donc le concept de développement durable qui doit être renforcé, non pas en séparant économie et gouvernance, mais en adjoignant un quatrième critère aux piliers du développement durable : la gouvernance, ses institutions et leur cohérence. Il sera alors possible de juger du degré de conformité des processus allant de l’économie aux politiques, et du degré de convergence des politiques et mesures, etc.

Le critère « gouvernance »  était en effet jusqu’ici le grand absent du développement durable. Il est donc nécessaire d’en faire un quatrième pilier et d’harmoniser les politiques menées en matière de développement durable afin que celles-ci soient effectives dans le futur.

Les décentralisations administrative et institutionnelle, qui s’opèrent dans la plupart des pays africains à l’heure actuelle, sont révélatrices de la nouvelle configuration des centres de décision. Le rôle économique et social des Etats tend de plus en plus à s’effectuer dans des pôles de subsidiarité comme les collectivités locales ou territoriales jusqu’aux communautés. Les dynamiques sociales issues des populations deviennent alors le ferment des transformations. Cette dévolution sera effective lorsque ces centres de décision décentralisés jouiront pleinement des possibilités de planification, de collecte de ressources financières et d’accès direct à des sources de financement nationales ou internationales (financement direct « Climat », par exemple).

Les nombreux travaux et innovations politiques (en particulier dans les pays émergents) qui ont opérationnalisé la notion de développement durable (incluant sa gouvernance) constituent des matériaux sur lesquels on peut largement s’appuyer pour lever les ambiguïtés actuelles du contenu de Rio+20.

Conclusion
Nous avons précédemment vu que le système oligarchique n’était pas durable au niveau international. Proposer une configuration institutionnelle de gouvernance mondiale qui permette à chaque pays du monde d’être représenté et d’avoir « une voix » dans la régulation mondiale constitue l’un des enjeux de Rio+20. Cette participation de tous est le gage de la réussite, à long terme, du concept de développement durable. Il n’est pas sûr que les décisions actuelles d’établissement d’une Instance Politique de Haut Niveau pour le Développement Durable et d’un PNUE « amélioré » soient les réponses attendues à la problématique posée puisqu’elles font perdurer la juxtaposition des instances multilatérales avec les différents « G ».

D’après la Déclaration de Douala, les solutions sont à chercher du côté du multilatéralisme « dans le cadre d’une gouvernance mondiale ouverte et inclusive,  respectueuse des dynamiques sociales et populaires et œuvrant dans  l’intérêt des générations actuelles et futures ». On en est loin à la lecture du texte adopté à Rio en 2012.

par Jean-Philippe Thomas. 


Auteur : Jean-Philippe Thomas, Partenaire du Secrétariat Exécutif d’ENDA Tiers-Monde. Il est actuellement engagé avec ENDA dans la Recherche/Action intégrant la problématique des changements climatiques dans le champ de l’énergie et du développement.

[1] G8 + Australie et dix pays émergents : Afrique du Sud, Arabie saoudite, Argentine, Brésil, Chine, Corée du Sud, Inde, Indonésie, Mexique, Turquie.

[2] « La Diplomatie de connivence », Bertrand Badie. Editions de la Découverte, Paris. 2011. 


 

 

 

 

Buy Vytorin

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir