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La transition énergétique basée sur la sobriété et  l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables pourrait être l’une des voies de salut face à la crise énergétique aigue que connait la plus part des pays africains(...) 

Disposant de suffisamment de ressources énergétiques, le continent en général, et l’Afrique de l’Ouest en particulier, pourrait s’engager dans une meilleure production énergétique qui permettrait non seulement  l’atteinte des Objectifs du Millénaire dans ce domaine, mais aussi la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

La crise énergétique qui secoue le monde actuellement, résulte d’une forte dépendance sur les énergies fossiles. Ces sources d’énergie se caractérisent à la fois par une instabilité des prix qui érode les efforts des pays en développement et par leur grande contribution aux émissions de gaz à effet de serre responsables du réchauffement global.

Pour les pays de l’Afrique de l’Ouest, à l’instar des autres pays en développement, le système énergétique est à dominance biomasse (bois, charbon de bois et déchets végétaux). Son usage affecte aussi l’équilibre des écosystèmes en dégradant et désertifiant les sols notamment. Au niveau macroéconomique, le poids de la facture pétrolière pèse lourdement sur les budgets des Etats. Dans beaucoup de pays importateurs de pétrole, la facture pétrolière peut représenter jusqu’à 40 à 50 pour cent des recettes d’exportation des pays.

Aujourd’hui, un changement de modèle énergétique s’impose tant au Nord qu’au Sud, d’abord pour des raisons de sécurité énergétique, d’équité dans l’accès aux services énergétiques, de lutte contre les changements climatiques mais aussi pour l’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le Développement.

Pourquoi l’Afrique de l’Ouest doit-elle changer sa trajectoire énergétique ?
L’accès aux services énergétiques modernes doit être considéré comme un droit universel pour sortir les pays d’Afrique de leur situation de pauvreté.  Or, dans la zone ouest-africaine, 237 millions de personnes vivent sans un minimum d’accès à l’électricité. Le taux d’électrification est seulement de 20 pour cent induisant de faibles niveaux de consommation de services électriques (AIE, 2009). Par exemple, la consommation d’électricité par tête en Sierra Léone est seulement de 24 KWh (Energy Policy of Sierra Leone, 2009), 76 KWh au Benin et 176 KWh en Côte d’Ivoire contre une moyenne de 1155 KWh dans le monde en développement et de 10198 kWh dans les pays à revenu élevé.

Les impacts environnementaux de la consommation de bois En Afrique de l’Ouest, la consommation du bois et de ses dérivés représente entre 80 et 95 pour cent des consommations finales d’énergie des ménages. Cette dépendance sur la biomasse contribue au déséquilibre des écosystèmes et au renforcement de la vulnérabilité sociale et économique des femmes.

Les conséquences géopolitiques du marché mondial des produits fossiles
Le prix des produits pétroliers est resté très instable et constamment au-dessus de la barre de 100 dollars US le baril. Or, dans la plupart des pays producteurs, le coût moyen de production d’un baril ne dépasse pas 20 dollars US, ce qui permet de créer une forte rente absolue. Dans les prospectives énergétiques, le prix du baril gravitera autour des 100 dollars US durant les prochaines années.

Les tendances démographiques et les besoins croissants en services énergétiques
Dans la région ouest-africaine, le taux d’accroissement des bidonvilles est en moyenne de 4,5 pour cent par an contre 2,2 pour cent en Asie (CES/ONU, 2007).  A l’horizon 2050, sa population va plus que doubler et environ 60 pour cent des individus vivront dans les villes avec leurs exigences en matière d’énergie, d’eau et de nourriture et plus globalement de développement.

Une nouvelle trajectoire énergétique peu polluante
En Afrique de l’Ouest, les potentialités sont multiples qu’il s’agisse de l’hydroélectricité, du solaire thermique ou photovoltaïque, des bioénergies, ou encore de l’énergie éolienne. Toutes ces filières démontrent au quotidien la disponibilité en ressources énergétiques durables et inépuisables adaptées aux différents contextes locaux.

Le potentiel d’énergie hydroélectrique constitue une première base d’exploitation énergétique et de coopération régionale.  La République de Guinée, par exemple, avec son potentiel hydraulique de 6000 MWet une énergie annuelle garantie de 19.300 GWh, n’amis en valeurqueseulement deux pour cent. Ce potentiel est susceptible d’approvisionner les pays voisins alors que le pays  n’arrive pas à alimenter convenablement sa capitale. La Guinée constitue ainsi un bel exemple de « pauvreté énergétique dans l’abondance »,  principale caractéristique des pays africains.

L‘Afrique dispose aussi d’un potentiel important en énergie solaire ainsi qu’en bioénergie.

Quelles priorités pour réussir une transition énergétique en Afrique de l’Ouest ?
Le nécessaire changement de trajectoire énergétique doit être structurant et bâti sur des ruptures tant au niveau de la vision, des modèles de gestion des infrastructures, du financement des investissements qu’au niveau des approches et stratégies en vue de la mise en place d’un environnement propice d’intervention.

Engager les pays dans une vision de long terme
Dans la quasi-totalité des pays de l’Afrique de l’Ouest, les politiques sont de court terme et réactives. Quelques rares pays opèrent selon une vision à long terme (30 ans) à l’image du Ghana qui, grâce au Programme d’électrification nationale (NES) comme instrument clé de la politique gouvernementale, est arrivé à faire passer le taux d’électrification national de 29 pour cent en 1992 à 49 pour cent en 2003 et à 70 pour cent en 2010.

Aborder l’énergie dans sa dimension transversale
La notion de service énergétique considère la fourniture du service final et la satisfaction des besoins humains plutôt que les sources d’énergie ou les technologies. L’approche, à partir des besoins et donc des secteurs, permet d’apporter des réponses adéquates aux préoccupations de développement économique et humain durable. Cela permet aussi de mieux apprécier les enjeux technico-économiques qui doivent déterminer les choix d’intervention. Cette approche d’articulation des services énergétiques avec les autres secteurs (agriculture, eau, éducation, santé, etc..) permet de développer la demande d’énergie notamment en milieu rural.

L’approche territoriale
Le transfert du pouvoir de décision à l’échelle territoriale, à travers les processus de décentralisation en cours dans beaucoup de pays,  présente des niches d’appropriation technologique, d’amélioration de la gouvernance de l’énergie et de développement de Partenariats Public-Privé à vocation Communautaire (PPPC). L’approche territoriale permettra en définitive la complémentarité des sources et des technologies énergétiques, la synergie des acteurs, des financements et la mutualisation du savoir et savoir-faire.

L’adoption et la mise en œuvre de mécanismes de financement innovants et appropriés
Pour réellement lancer l’accès aux services énergétiques, des mécanismes innovants d’appui à la demande s’imposent pour compléter le financement de la chaîne de valeur. Aujourd’hui, l’accès aux services énergétiques pour les populations pauvres peut être facilité en faisant intervenir des institutions de micro financement : par exemple, le Programme AREED développé par les Nations Unies en partenariat avec des ONG dans cinq pays africains (Sénégal, Mali, Ghana, Zambie, Tanzanie) a révélé la pertinence d’un tel processus d’appui au développement de l’entreprenariat rural en énergie durable.

L’application d’une régulation du prix de l’électricité d’origine énergie durable
Le renforcement du portefeuille énergétique par le recours à l’énergie durable requiert l’application de tarifs d’achat garantis de l’électricité produite à partir des énergies renouvelables communément appelés « feed-in-tariffs ». Dans ce cadre, beaucoup de pays du Nord comme l’Allemagne incitent la production privée d’électricité verte par cette politique. En Afrique de l’Ouest, un pays comme le Ghana a mis en place ce cadre réglementaire incitatif assorti d’une clause d’obligation d’achat d’électricité verte par les grands producteurs et consommateurs d’électricité.

Rupture dans les comportements d’usage de services énergétiques
Il apparaît également nécessaire de trouver des mécanismes d’association des citoyens aux choix des trajectoires énergétiques adaptées à chaque tradition culturelle.

Conclusion
Les pays de l’Afrique de l’Ouest font face aujourd’hui à la nécessité d’amorcer une transition énergétique vers un nouveau modèle plus durable et susceptible de répondre aux préoccupations d’un développement intégré, juste et inclusif  visant la restauration des différents équilibres tant social que géographique (Nord/Sud et rural/urbain) et écologique.

La disponibilité d’un potentiel naturel en énergie renouvelable donne à l’Afrique les moyens de changer de trajectoire énergétique en favorisant notamment le mixte énergétique faisant recours aux énergies renouvelables, la sobriété et l’efficacité énergétique.

Cependant, leur exploitation à large échelle ne pourra se faire sans une volonté politique réelle ni sans un élan international de solidarité pour répondre aux préoccupations de développement telles que la lutte contre la pauvreté.

Au regard de ces insuffisances, la problématique de la transition énergétique devrait être repensée en donnant la priorité, non pas à l’accès à l’éclairage moderne, mais à des services énergétiques productifs en vue de renforcer la création d’emplois, de revenus et de valeur ajoutée, éléments clés de la croissance économique et de lutte contre la marginalisation.

par Sécou Sarr.

 

Auteur : Sécou Sarr, Coordonnateur énergie, environnement  et développement à ENDA Tiers Monde.

 


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