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Moustapha Kamal Gueye Chef de l’unité des services consultatifs sur l’économie verte au Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) et senior fellow à ICTSD.

Le thème de l’économie verte a suscité un grand engouement aussi bien durant le processus préparatoire de Rio+20 qu’au moment de la conférence. Il a fait l’objet d’importants débats qui, pour une large part, se sont cristallisés sur la signification de la notion d’économie verte, sur son contenu et son lien avec la notion de développement durable. Il n’existe donc pas à ce jour une  acceptation commune du concept d’économie verte. Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) propose néanmoins une définition large. Une économie verte serait une économie qui produit un meilleur bien-être humain et assure une équité sociale, tout en réduisant de manière significative les risques environnementaux et les pénuries écologiques.[1]

Fondements économiques, sociaux et écologiques de la transition vers cette économie
Au cours des dix dernières années, plusieurs crises simultanées ont surgi ou se sont accentuées : le phénomène du changement climatique, la perte progressive de la biodiversité, la crise de l’énergie et des denrées alimentaires et tout récemment la crise du système financier et de l’économie mondiale toute entière. Ces crises ont des origines diverses. Elles ont cependant en commun d’être sous-tendues par une mauvaise allocation des capitaux.

L’érosion et la dégradation des sols, la pollution des eaux et de l’air, la diminution des forêts et des ressources halieutiques ont contribué à miner la base de survie des populations tout en impactant négativement sur l’activité économique. Ceci s’explique par les choix et stratégies de développement inefficaces qui ont favorisé l’accumulation rapide de capital physique et financier, au prix d’un épuisement et d’une dégradation excessifs du capital naturel. Les investissements dans l’immobilier, les actifs financiers et les combustibles fossiles se sont accrus en proportion inverse des efforts consentis pour financer la protection des écosystèmes, la promotion des énergies renouvelables et la préservation des sols et de l’eau.

Ces mêmes politiques ont aussi eu un impact significatif sur les secteurs sociaux avec une augmentation significative du nombre de personnes sans emploi. Il en résulte une pression politique sociale forte sur tous les gouvernements, qui sont obligés de trouver des solutions immédiates mais aussi durables, ce qui ne peut passer que par des changements profonds de modèles et paradigmes de développement.

Un modèle de développement à parfaire
Le modèle de développement que nous avons connu jusqu’à présent, en dépit de progrès importants qu’il a permis d’accomplir, n’a pas amélioré les conditions de vie des pays les plus vulnérables ni n’a réussi à bâtir les conditions d’un progrès durable et équitablement réparti entre les peuples et les générations. Au cours des trente dernières années, le nombre de pays classés parmi les Pays les Moins Avancés (PMA) par les Nations Unies a doublé, alors que seuls trois pays sont sortis de cette catégorie (Botswana, Cap Vert et Maldives).

La prise de conscience sur la nécessité de trouver une alternative à des modes de production et de consommation à bout de souffle a rendu possible l’émergence d’initiatives en faveur du développement durable. C’est dans ce cadre  qu’il faut situer l’initiative lancée par le PNUE en 2008 pour promouvoir la transition vers l’économie verte.

A partir d’une simulation centrée sur la réaffectation d’investissements à hauteur de deux pour cent du PIB mondial dans dix secteurs clés de l’économie mondiale, le PNUE a tenté de confirmer l’hypothèse selon laquelle une économie verte propulserait la relance économique en créant de nouveaux moteurs de croissance et d’emplois.

Selon le PNUE,  l’investissement dans l’économie verte renforce la performance économique à long terme en générant un PIB qui dépasserait celui que l’on aurait dans un scénario de continuité - l’hypothèse où l’économie mondiale continuerait de fonctionner en utilisant massivement les combustibles fossiles, entre autres. Le même impact positif serait ensuite noté dans le domaine de l’emploi, notamment dans les domaines du bâtiment, des transports, des forêts et de l’agriculture. L’économie verte réduirait également de façon significative l’empreinte écologique tout en augmentant les stocks de ressources renouvelables.

Trois leviers pour faciliter la transition vers l’économie verte
Promouvoir une croissance industrielle verte : Une économie verte pourrait favoriser l’émergence d’industries plus efficientes à travers le monde tout en permettant aux pays en développement de faire un bond en avant. A l’heure actuelle, une forte demande énergétique et en matériaux caractérise la plupart des industries africaines. Cela ajoute des coûts de production et met à mal leur compétitivité au plan mondial.

Assurer la transition énergétique : L’accès limité à l’énergie constitue l’un des plus grands défis pour la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) en Afrique. Pourtant, le continent africain dispose du plus grand potentiel technique de production d’énergie renouvelable au monde grâce à d’énormes ressources en énergie solaire, en biomasse et en éoliennes. La réalisation de ce potentiel devrait stimuler la croissance économique et créer des emplois et des bénéfices environnementaux importants.

La transition vers une agriculture durable : L’agriculture représente 34 pour cent du PIB des pays au sud du Sahara et emploie près de 70 pour cent de la population. Valoriser le capital naturel dans l’agriculture nécessite de nouvelles méthodes de production qui réduisent la pollution de l’eau et l’érosion des sols, optimisent l’utilisation des intrants organiques et assurent une  productivité élevée et des meilleurs revenus aux agriculteurs. Des systèmes agricoles écologiques de petite échelle, l’utilisation durable d’engrais chimiques et de pesticides et des systèmes de production à forte main d’œuvre pourraient fournir une base pour une transformation verte de l’agriculture en Afrique.

Perspectives de l’économie verte après Rio
Chefs d’État et de gouvernement, représentants de haut niveau et membres de la société civile,  réunis ensemble à Rio, ont considéré que « la réalisation d’une économie verte dans le contexte du développement durable et de l’élimination de la pauvreté est un des moyens précieux dont nous disposons pour parvenir au développement durable qui peut offrir des solutions pour l’élaboration des politiques sans pour autant constituer une réglementation rigide».

Un nombre important de pays à travers le monde a commencé à formuler ou à mettre en œuvre des stratégies visant à asseoir une économie verte dans le cadre de leurs objectifs de développement. Leurs initiatives trouvent maintenant un point d’appui dans la déclaration du sommet de Rio qui réaffirme la souveraineté de chaque pays sur ses propres ressources naturelles ainsi que sur ses choix en matière d’économie compte-tenu des circonstances et du contexte dans lequel il évolue. Certains pays font figure de pionniers dans ce domaine.

L’Afrique du Sud a, par exemple, lancé depuis 2010 une « nouvelle stratégie de croissance »  qui vise à jeter les bases pour la création de 5 millions d’emplois en 2020 et à promouvoir une économie plus inclusive et plus verte à travers des interventions au plan macro et micro-économiques. Le gouvernement sud-africain a annoncé en outre, en  novembre 2011, un « accord économie verte » qui est un pacte social entre le gouvernement, les syndicats, le patronat et des organisations de la société civile visant la création de 300 000 nouveaux emplois verts. L’accord prévoit de doubler la part de l’énergie générée à partir de sources renouvelables.

Dans les Caraïbes, la Barbade a adopté une stratégie nationale de développement pour la période 2006-2025 comprenant la construction d’une économie verte comme un des six objectifs stratégiques. La stratégie se fixe plusieurs objectifs chiffrés dont la réalisation de 30 pour cent des besoins en énergie à partir de sources renouvelables et la réduction de 50 pour cent de l’érosion côtière, particulièrement problématique pour l’état insulaire.

La Chine prévoit quant à elle, dans le cadre de son douzième plan quinquennal de développement (2011-2015) d’investir 468 milliards de dollars dans le verdissement de l’économie notamment dans le recyclage des déchets et leur réutilisation, le développement des technologies propres et les énergies renouvelables. La Chine a doublé ses investissements dans ces secteurs par rapport au plan quinquennal précédent. On s’attend donc à ce que l’industrie de la protection de l’environnement de la Chine continue de croître à une moyenne de 15-20 pour cent par an et avec un rendement de 743 milliards de dollars sur cinq ans.

D’autres pays comme le Mexique, la République de Corée, entre autres, ont aussi pris des initiatives ou mis en œuvre des plans plus ou moins importants de promotion de l’économie verte avec pour objectif de changer leur trajectoire économique à court ou moyen terme.

Conclusion
La conférence de Rio+20 consacre une étape importante dans la poursuite des Objectifs de Développement Durable dans un monde marqué par des défis de grande envergure sur les plans économique, social et environnemental.  En reconnaissant la réalisation d’une économie verte dans le contexte du développement durable et de l’élimination de la pauvreté comme un des moyens précieux pour parvenir au développement durable, les gouvernements ont jeté les bases d’une nouvelle dynamique pour la croissance verte inclusive.

Auteur : Moustapha Kamal Gueye, Chef de l’Unité des services consultatifs sur l’économie verte au Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE)

[1] PNUE, 2011, Vers une économie verte: Pour un développement durable et une éradication de la pauvreté. www.unep.org/greeneconomy/

 

 

 

 

 

 

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