Les dirigeants des Etats-Unis et de l'Afrique, réunis à Washington, se sont engagés à renforcer leur partenariat en matière de  commerce et d’investissement, avec l'espoir pour l'Amérique de refaire une partie de son retard sur l'Europe et la Chine. Le sommet Etats-Unis - Afrique qui s’est tenu du 4 au 6 Août comptait près de 50 chefs d'Etats africains accompagnés par leurs délégations diplomatiques et d'une centaine d’hommes d’affaires. Jamais dans l’Histoire, un président américain n’avait reçu autant de chefs d’Etat et de gouvernement africains.

L'objectif central de ce sommet de trois jours était clair du coté américain: il s'agit pour Washington  de tisser des liens économiques plus solides avec le continent africain, région prometteuse dont la croissance est supérieure à celle du reste du monde (le FMI table sur 5,8 pourcent  en 2015). Les Etats Unis ont  pris du retard dans les relations économiques et commerciales avec l'Afrique a reconnu le président américain Barack Obama dans son discours d’ouverture du sommet. En effet, le pays  occupe la troisième place au tableau des échanges commerciaux avec l'Afrique, loin derrière l'Union européenne, et la Chine  qui ne cache pas ses ambitions sur le continent.

Pour combler ce retard face l’Europe et les pays émergents, les Etats Unis comptent mobiliser  plus de 30 milliards de dollars - aide publique et investissements privés - à destination de l’Afrique appelant les dirigeants du continent à créer un environnement politique et économique propice aux affaires.

Désigné en tant que porte parole du continent à l’occasion de ce sommet, M Hery  Rajaonarimampianina le président du Madagascar a invité les investisseurs à se tourner vers l’Afrique« L’Afrique, a mis en place, continue de mettre en place et mettra en place, un environnement qui attire les investisseurs. Un environnement de sécurité pour les affaires qui va permettre à un investisseur, d’où qu’il vienne, à être rassuré, comme s’il était chez lui, avec des investissements qui peuvent être tout aussi rentables que s’ils étaient placés ailleurs. Donc un environnement attractif, incitatif. Et si l’on veut investir aujourd’hui, l’Afrique est vraiment un continent vers lequel tous les yeux devraient-être rivés, et j’ose dire que l’Afrique c’est l’avenir », a déclaré Hery Rajaonarimam¬pianina. Il a également mis l’accent sur « le potentiel du contient noir », insistant notamment sur la promotion des jeunes, étant donné que la population africaine est constituée à 65 pourcent  de jeunes de moins de 30 ans.

Dans une perspective d'améliorer leur partenariat commercial les deux  parties ont décidé de renforcer leur lien économique à travers un accroissement des investissements et l’amélioration de l’accord commerciale qui les lient en vue de booster le volume de leurs échanges.  Toutefois pour de nombreux observateurs cette volonté affichée par Washington de se repositionner sur le continent vient trop tard. L’UE et les pays émergents ont déjà marqué leur empreinte sur le continent.  « L’administration Obama s’est totalement focalisée sur l’Asie et a négligé l’Afrique », explique l’universitaire américain Ricardo René Larémont.


Gouvernance, investissements
et développement économique
La question de la gouvernance économique et politique a largement dominé les discussions lundi au premier jour de la rencontre au vu de l’importance que revêt cette question dans la politique étrangère américaine. En effet, les Etats Unis  lient toujours bonne gouvernance, investissement et développement économique et vont parfois jusqu’à conditionner le bénéfice d’un accord ( AGOA) au respect des  droits de l’homme et des questions de bonne gouvernance contrairement à la chine et l’inde qui font fi de ces principes dans le cadre de leurs relations commerciales. Insistant sur les liens entre gouvernance, investissements et développement, le vice-président Joe Biden a comparé la corruption à un cancer qui éloigne les investisseurs, empêche le développement, et donc l’émergence d‘une classe moyenne africaine. Les délégations africaines estiment de leur côté que les Américains ont une vision dépassée du continent et une perception des risques qui ne correspond en rien à la réalité.

"Il est clair que l'Afrique de 2014 n'est pas l'Afrique de 2000", a reconnu le représentant américain au Commerce Michael Froman.

Susan Rice, conseillère à la sécurité nationale de la Maison Blanche a pour sa part souligné la nécessité de rompre avec une image de l'Afrique trop souvent associée "aux conflits, à la maladie et la pauvreté, admettant que les Américains avaient "encore beaucoup de travail pour faire évoluer une vision dépassée dans laquelle l'Afrique est souvent marginalisée. En effet, avec un PIB supérieur à 2000 milliards de dollars et des taux de croissance supérieurs à 6 pourcent, l’Afrique suscite aujourd’hui l’engouement d’un nombre important d’investisseurs et de pays étrangers.

Mettant en avant ce potentiel économique et commercial du continent John Campbell, ancien ambassadeur américain au Nigeria et chercheur au Council on Foreign Relations, a déclaré que l’Afrique présente de plus vastes opportunités : « L’Afrique n’est plus le lieu qui subit des crises humanitaires en cascade. Selon les projections, dans cinquante ou soixante années, l’Afrique sera le continent le plus peuplé du monde, et cela implique d’immenses marchés a-t-il poursuivi.

A cet égard Washington, qui espère refaire une partie de son retard sur l’Europe et la Chine, a annoncé mardi  la mobilisation de plus de 30 milliards de dollars - aide publique et investissements privés - à destination de l’Afrique. Les entreprises américaines - Marriott, Coca-Cola et General Electric notamment – se sont engagées sur des investissements d’un moment total de 14 milliards de dollars dans les secteurs de l’énergie, de l’eau, de l’hôtellerie, de la construction, de la banque ou encore des technologies de l’information a annoncé  le président américain devant les dirigeants Africains.

Le secteur privé va aussi augmenter ses investissements dans le cadre du programme Power Africa, qui vise, à terme, à doubler l’accès à l’électricité en Afrique subsaharienne.

Après avoir mis en avant ce potentiel de l’Afrique Obama a longuement insisté sur la responsabilité pesant sur les dirigeants africains: “Aussi cruciaux que soient ces investissements, la clé de la prochaine ère de croissance en Afrique ne se trouve pas ici aux Etats-Unis, mais en Afrique», a-t-il averti.


Renouvellement en vue pour l’AGOA
L’African Growth and Opportunity Act (AGOA) qui est un accord de libre-échange entre les Etats-Unis et le continent a aussi retenu l’attention des deux parties. L’AGOA avait été initié en 2000 par le Président Clinton devrait arriver  à échéance en 2015. Son objectif était de permettre aux pays africains bénéficiaires d’avoir accès au marché américain. Toutefois  l’AGOA n’a pas atteint ses objectifs du fait des conditions difficiles d’accès au marché américain, du manque d’information pour les PME et PMI africaines, liées à l’existence même de l’AGOA. Malgré les préférences octroyées par l’AGOA, les échanges commerciaux entre les pays africains et les Etats-Unis restent faibles. M. Obama a rappelé à l’issue de la deuxième journée de ce sommet que les échanges des Etats-Unis avec l’ensemble du continent africain étaient équivalents à ceux réalisés avec le Brésil. «Sur l’ensemble des produits que nous exportons à travers le monde, seuls 1 pourcent vont vers l’Afrique sub-saharienne», a-t-il ajouté avant de déclarer que l’accord doit être amélioré. Les responsables officiels américains reconnaissent en effet, que le principal outil d'échanges entre l'Amérique et l'Afrique - l'Agoa - n'est plus adapté.

Face à une telle situation et compte tenu de l’échéance 2015  les  deux parties s’étaient réunies en août 2013 pour discuter de  l'amélioration et du renouvellement de cet accord afin qu'il soit plus compatible avec le paysage économique africain en constante évolution. Vieux de 14 ans, l’accord offre, à environ 6500 produits africains, un accès préférentiel au marché américain sans contingent et en franchise de droits. Des experts estiment qu’il a surtout profité à un nombre restreint de secteurs, dont le textile et les hydrocarbures. Les pays Africains demandent un renouvellement pour 15 ans. A cet égard alors que l'administration américaine s'est déjà engagée à un renouvellement continu de l’AGOA, la décision finale revient au Congrès qui doit voter. L’ambiance n’étant pas au beau fixe entre Barack Obama et la Chambre des représentants, à majorité républicaine, le président des Etats-Unis n’a rien promis. A ce stade l’on s’interroge sur quel AGOA reconduire, pour combien de temps, pour quels pays si on sait que pour bénéficier des avantages de l'AGOA, les pays éligibles doivent se conformer à certaines normes, telles que l'amélioration de l'état de droit, la situation des droits de l'homme et l'établissement de normes du travail.


Obama mobilise plus de 30 milliards de dollars pour l’Afrique ,   liberation.fr  ; 5 AOÛT 2014 
Sommet Etats-Unis / Afrique: l'AGOA en débat  rfi.fr 05-08-2014
Sommet Etats-Unis/Afrique: une histoire d'opportunités    rfi.fr ; 04-08-2014

 

 

 

 

 

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