ENDACACID

Par Dov Zerah

Depuis plusieurs semaines la propagation et les effets du virus Ebola défraient la chronique en provenance d’Afrique. Alors que depuis plus de trois ans, nombreux sont les observateurs à parler de la croissance africaine, et à prédire que l’Afrique sera le dragon du XXIème siècle, cette nouvelle épidémie, après celle du sida, apparait comme une sorte de retour sur le réel, et peut donner le sentiment d’une forme de fatalité africaine, voire de malédiction africaine.

Rien ne justifie une telle lecture des événements ! Même si… !

Au début des années soixante, au lendemain des indépendances, la communauté internationale considérait que l’Asie était mal partie, principalement à cause de son handicap démographique, et que l’Afrique était bien partie grâce à une faible densité, d’énormes ressources naturelles, et de solides structures étatiques laissées par les Empires.

Cinquante après, on peut constater tout le contraire. Le handicap démographique s’est transformé en dividende démographique, et l’Asie est devenue le cœur du monde, alors que l’Afrique n’a cessé de se marginaliser ou d’être marginalisée dans le processus de généralisation et d’extension de la mondialisation.

Or, ce processus semblait s’arrêter voire s’inverser !

Faisons un petit rappel sur l’histoire économique de l’Afrique.

De 1960 à 1988-89, l’Afrique s’est développée, industrialisée. Ce mouvement a été brutalement interrompu avec la très forte baisse de plus des deux tiers des prix des matières premières. Certains pays ont enregistré une baisse de près d’un tiers de leur PIB. Pour mesurer l’intensité de ce choc exogène, rappelons que le premier choc pétrolier de 1973-1974 a représenté un prélèvement externe de 4% du PIB français, et le second de 1979 2,5%.

Pour redresser sa situation, l’Afrique s’est engagée dans des politiques d’ajustement structurel dans les années quatre-vingt-dix. Les effets collatéraux de ces politiques ont été très durs dans les domaines sociaux de l’éducation et la santé, au point de conduire la communauté internationale à lancer des plans de lutte contre la pauvreté, et les objectifs du millénaire.

S’est alors développé un afro pessimisme, s’est généralisé un sentiment selon lequel il y aurait une fatalité, une malédiction africaine, jusqu’à l’inversion de 2004-2005, avec une croissance annuelle de plus de 5% qui n’a cessé de se confirmer pendant dix ans.

Comment expliquer un tel retournement ?

Tout d’abord par le succès de ces politiques d’ajustement si décriées. Elles ont été couronnées de succès parce qu’elles ont été accompagnées d’un formidable effort de la communauté internationale d’annulations des dettes des pays en développement. La renaissance africaine s’explique aussi par l’envolée des prix des matières premières et ressources naturelles, grâce notamment à la boulimie asiatique, et plus particulièrement chinoise.

Alors que la question de la durabilité de ce mouvement se posait, les opérateurs ont basculé dans un afro optimisme sous estimant les handicaps et faiblesses du continent, négligeant qu’il n’est pas possible de rendre durable cette croissance sur la seule exportation de matières premières et ressources naturelles non transformées.

Du coup, le virus Ebola semble replonger certains dans la désespérance de l’Afrique.

Arrêtons d’être afro pessimistes ou afro optimistes ! Soyons africains, car le développement de ce continent dont la population va doubler dans les quarante prochaines années pour atteindre 2 Mds d’habitants, constitue une exigence internationale. L’Afrique manque d’infrastructures, de routes, de chemins de fer, de ports, d’aéroports, de centrales électriques…et cela lui coûte tous les ans 2% de croissance. L’Afrique manque de structures éducatives et sanitaires, comme le démontre la propagation de ce virus. Toute les statistiques en la matière (nombre de médecins par habitant, d’infirmiers, de sages-femmes, structures médicales et hospitalières, nombre de lits…) sont catastrophiques pour l’Afrique.

L’amélioration de l’état sanitaire de la population africaine, déjà marquée par de grandes épidémies comme le sida ou le paludisme passe certes par un développement et un renforcement des structures sanitaires, mais également par un traitement des déchets solides et liquides.

La communauté internationale a grosso modo atteint les quinze objectifs du millénaire, et notamment l’accès à l’eau potable. Elle est en train de préparer pour 2015 les objectifs du développement durable. Inscrivons celui du traitement des déchets solides et liquides, sources de nombreuses maladies, infections, voire épidémies. Il est essentiel pour notre monde ouvert et globalisé de sécuriser la croissance africaine pour éradiquer la pauvreté, et cet objectif passe notamment par l’amélioration de l’état sanitaire de la population africaine.

A un moment où la communauté internationale met sur pied une coalition internationale contre l’Etat islamique, faisons une coalition internationale pour la santé africaine. Arrêtons de ne penser qu’aux matières premières et ressources naturelles africaines, de ne voir en l’Afrique qu’un formidable marché de consommateurs de plus en plus nombreux, et de plus en plus riches…Aidons l’Afrique à améliorer la santé de ses populations. C’est l’intérêt de tous avant que cette épidémie ou une autre ne débarque dans nos pays ! Non, il n’y a pas de malédiction africaine !

Dov Zerah ( Chronique publiée sur son blog )

http://www.financialafrik.com/2014/09/29/y-t-il-une-malediction-africaine/

Buy Vytorin

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir